Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 19:41

Winnicott ou le choix de la solitude (4)

 

Adam Phillips Winnicott ou le choix de la solitude

Edition de l’Olivier penser/rêver 267 pages

 

 

Ce que j’ai lu d’essentiel dans le chapitre III intitulé  « Les années de guerre » :

 

L’enfant évacué

 

Pendant la guerre, Winnicott s’occupa d’enfants évacués ainsi il réfléchit sur l’enfance tout court. Il réfléchit sur la séparation, la tristesse, l’environnement. Je crois que  cette expérience confère à l’œuvre de Winnicott son humanité.

 

1940 : Winnicott est psychiatre, conseiller au plan gouvernemental d’évacuation dans le comté d’Oxford où il rencontra Clara Britton qui devin sa seconde femme après son divorce avec Alice (Robert Rodman raconte longuement cet épisode)

 

Déjà avant la guerre il avait insisté sur le rôle de l’environnement maternel tout en s’arrêtant peu sur le rôle du père (voir note d’hier). Mettre en place des « foyers de remplacement lui permit d’élaborer plus profondément son travail.

Ainsi il distinguait deux types d’enfants : ceux qui s’effondraient rapidement et qui étaient ceux qui avaient eu un mauvais environnement dès le début de la vie et ceux qui ne s’effondraient pas qui étaient ceux qui avaient eu un bon environnement dès la naissance.

 

Il analysa ainsi la foi de l’enfant dans l’environnement et sa capacité à vivre une expérience de sa propre continuité dans une crise évènementielle gravissime. Winnicott était convaincu qu’il était d’autant plus  dangereux de séparer l’enfant de la mère qu’il était jeune (et j’associe dramatiquement avec les enfants qui vivent la guerre ou qui perdent leur mère très jeune.) C’est la foi dans l’environnement qui se joue pour toute la vie. Mais paradoxe winnicottien : il remarque que les enfants qui s’intègrent « sans trop de symptôme » sont dans une plus grande détresse car cela signifie une soumission préjudiciable à leur développement. Faire très attention que l’enfant ne perde pas le fil de son histoire par une soumission excessive à l’adulte.

 

Dans ce chapitre Adam Phillips accorde une importance certaine à la description que fait Winnicott du rôle essentiel du directeur d’un centre éducatif, substitutif du foyer maternel : le directeur est là en position maternelle ou de l’analyste et doit vivre dans la mesure du possible en unisson avec l’enfant et recréer un holding bienfaisant qui tend à  témoigner que l’entourage « tient », assurant un sentiment de sécurité. Il est nécessaire de repérer les différentes phases de l’enfant placé :

 

espoir tout neuf, idéalisation de la situation

 l’enfant va tester le cadre

si le cadre résiste, l’enfant soulagé va pouvoir rejoindre le groupe et y vivre.

 

Là encore Winnicott affirme ce qu’il affirme toujours : laisser au temps le temps. La confiance émerge dans la lenteur et la douceur. Il a besoin de croire à l’illusion primitive qu’il peut avoir maîtrise de son environnement et c’est dans la lenteur qu’il faut l’aider à renoncer à cette illusion pour avoir accès au monde comme il tourne sans pour autant le soumettre. L’agressivité est nécessaire pour se développer mais pour cela elle doit rencontrer la résistance bienfaisant de l’autre qui ne s’effondre pas ; Tout un programme que ce scénario winnicottien.

 

Des objectifs de la guerre à ceux de l’excitation :

 

Adam Phillips s’arrête sur un texte de Winnicott paru en 1940 :  «  A propos des objectifs de la guerre » dans lequel Winnicott aborde son concept « d’avidité qui préside aux affaires humaines ». La première avidité c’est celle de l’amour avec sa contradiction évidente de dépendance sécurisante et de liberté qui fait peur, nous grandissons entre soumissions et hardiesse, conformité et nouveauté, entre sentiment de sécurité et peur du chaos. La peur engendre souvent la recherche du pouvoir : faire peur à l’autre pour oublier sa peur et dès l’enfance nous sommes pris entre sentiment paisible et inné de la démocratie et sentiment violent du fascisme. Ce n’est pas moi qui le dit c’est Winnicott qui parle  « d’une tendance innée à la démocratie » (Conversations ordinaires : cure). Au passage j’aime beaucoup ce recueil d’essais que constituent Conversations ordinaires).

 

La question est : comment passons nous de l’avidité primitive inscrite dans la dépendance de la mère à une relative autonomie  nous permettant d’être reconnus par les autres et de créer l’objet puis d’accéder à l’expérience culturelle ?  Dans cet intervalle se joue toute la question de la liberté et de notre être au monde d’adulte. Winnicott décrit tout cela avec beaucoup de minutie mais je vous laisse sur votre faim, soit vous lisez le livre soit vous patientez , je reprendrai ce sujet plus tard . C’est le noyau de la cathédrale Winnicottienne.

 

Séparation

 

Ce qui est à retenir dans l’immédiat c’est que cette liberté ne peut s’acquérir que dans un environnement sécurisant qui autorise à quitte doucement l’état de dépendance et de vivre une bonne intégration qui est ressource humaine pour ne pas tomber dans la terreur de la désintégration : drame de guerre et de deuil. Histoire d’avidité, d’amour, de liberté, de séparation, de création d’aire intermédiaire et de création tout court. Créer pour ne pas mourir de dépendance ou de folle liberté pulsionnelle.  Créer, inventer ses contours et ceux des autres. Saga de l’humain. Saga de l’espoir. Winnicott écrit l’espoir du possible de grandir.

 

La haine maternelle et l’esprit opportun.

 

Pour Winnicott le couple de la tétée est le prototype de la situation psychanalytique. Le cadre fournit l’expression de ce qui a manqué, de ce qui a fait lacune.

 

Mélanie Klein / Winnicott

 

- Mélanie Klein : théorie destructive de l’enfant

- Winnicott : c’est la mère qui « hait «  son enfant trop impitoyable. J’ai du mal à écrire cela malgré tout… Mais en fait, elle retournerait cette haine contre elle-même et ce serait l’origine du masochisme féminin. J’ai du mal à écrire toute cela mais j’analyse le chapitre comme Adam Phillips nous le présente. Avec fidélité… En fait ce qui est intéressant à retenir et on est loin des tableaux de Léonard de Vinci que j’aime tant, ce qui est à retenir c’est l’ambivalence du couple de la tétée dans l’amour et dans la haine, ambivalence qui se rejoue dans la situation analytique. Important à repérer pour connaître et reconnaître ses défenses et ses clivages dans nos relations autres. Difficile, certes car cela va à l’encontre de l’image culturelle de la mère et de l’enfant, difficile mais essentiel. La psychanalyse n’a-t- elle pas toujours été subversive ??? N’est-ce pas sa splendeur ? C’est en se subvertissant à nous même et à Léonard de Vinci, au risque de nous perdre que nous déclinons notre identité désirante et sociale.

 

A lire aussi, une annexe à ce chapitre : « extrait de la haine dans le contre-transfert » quand l’analyste veut tuer à tout bout de champ son patient. 

 

Voilà, l’essentiel de ce que j’ai retenu de ce chapitre.

 

A suivre…

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche