Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 19:20

 

 

Winnicott ou le choix de la solitude (3)

 

Adam Phillips Winnicott ou le choix de la solitude

Edition de l’Olivier penser/rêver 267 pages

 

 

Ce que j’ai lu d’essentiel dans le chapitre II intitulé « Prendre l’histoire en notes » :

 

1.La société Britannique.


1913 : Ernest Jones, le chef de fil des  psychanalystes britanniques créa la Société psychanalytique de Londres

1919. Il dissout la Société psychanalytique de Londres et met en place la société psychanalytique britannique. Ce fut un acte de traduction car tous les psychanalystes de ces années là parlaient allemand.

1926 : avec la venue de Mélanie Klein se posa la question de la psychanalyse des enfants.


Trois points de désaccord entre Anna Freud et Mélanie Klein


Point 1 :

Anna Freud établit un transfert positif avec l’enfant

Mélanie Klein pense qu’un tel transfert favorise une connivence avec le déni consécutif aux sentiments les plus hostiles et aux plus inacceptables.


Point 2.

Mélanie Klein fait jouer les enfants avec des jouets simples avec lesquels l’enfant peut représenter sa vie oedipienne (moi, ça, surmoi) et ce même avec les enfants très jeunes.

Anna Freud pense que le moi de l’enfant pré-oedipien n’est pas suffisamment développé pour lui donner la capacité d’associer librement et il ne peut avoir de maîtrise sur ses pulsions (impulses) érotiques ou agressifs. Pour Anna Freud l’analyste d’enfant était moins un interprète qu’un modèle exemplaire.

Ainsi Mélanie Klein pensait que si l’adulte était un modèle l’enfant ne pouvait s’exprimer. Mélanie Klein souhaitait explorer la signification des sentiments les plus profonds de l’enfant et y avoir accès. La notion de monde interne est essentielle chez Mélanie Klein (comme chez W) car il est contexte pour comprendre le monde de l’enfant.




Winnicott ouvre une tierce position entre Anna Freud et Mélanie Klein : il reconnaît la pleine importance du monde interne du bébé mais aussi développe l’essentiel de ce que représente l’environnement réel pour l’enfant avec son concept de holding mais il gravite beaucoup autour de la théorie de M.K avec des points de similitude et de différence.


Par exemple une différence :

MK parle de la pulsion épitémophilique de l’enfant c’est à dire : son désir de connaissance mais recommande toujours le jeu pour l’enfant pour permettre la traduction de « l’innacceptable » pour lui.

W. développe quant à lui la capacité de jouer de l’enfant.

Il gravite autour de MK (reconnaissance du monde interne et jeu)) mais ne veut jamais être fervent. Il développement le concept d’environnement


2. Portait du pédiatre en psychanalyste.


Winnicott a ouvert l’accès à l’accès tel que le définit Freud mais aussi Mélanie Klein. Selon lui ce qui crée la maladie ce n’est pas le fait que l’homme ait des pulsions mais c’est le fait du désir spécifique humain de les maîtriser. D’où nécessité pour trouver le sens des symptômes de mener une anamnèse rigoureuse en écoutant au plus près les parents et en reliant la demande de consultation des parents à la personnalité de l’enfant, à ses expériences vécues tant intérieures qu’extérieures.


Winnicott comparait l’anamnèse à cela :

L’enfant a des perles répandues partout autour de lui, l’analyste doit aider l’enfant à rassembler ses perles pour ultérieurement l’aider à les enfiler, à en faire un collier « qui tient » (qui tient expression de moi). Adam Phillips fait référence à un texte célèbre « La ficelle » (Pédiatrie et psychanalyse : développement affectif et environnement)


Autre point : l’enfant n’est pas un adversaire pour W (comme pour MK) mais un collaborateur. De même qu’avec les adultes : la psychanalyse selon Winnicott est avant toute chose une rencontre de deux personnes et plus tard il dira : deux personnes en train de jouer. Plus qu’à chercher l’enfoui, il cherche à révéler ce qui est près à se dire. Importance également de la dépendance certes mais aussi de l’inattendu qui va induire le non conformisme. L’inattendu libère de ce qui est conforme, de ce qui est attendu et permet à l’autre de sortir de la soumission pour vivre une intégration profonde.


On trouve là une préoccupation commune à W et à MK : comprendre, être attentif à comment l’enfant trouve une issu au conflit si difficile à vivre pour lui entre l’amour, la haine, le sadisme incontrôlable.

Conflit exprimé ainsi par MK mais repris par Winnicott :


Phase 1 chez MK (Temps 1 du processus d’intégration chez W) : mère clivée : bonne ou mauvaise.

Phase 2 chez MK (Temps 2 du processus d’intégration chez W) : la mère devient entière, l’enfant s’identifie complètement à elle comme entière.

Phase 3. chez MK (Temps 3 du processus d’intégration chez W) : préoccupation du bébé d’avoir abîmé sa mère et d’avoir causé son absence et ce temps englobe la réalisation de sa propre destructivité.


L’issue à ce conflit est différente selon MK ou W :


Issue 1 : Mélanie Klein décrit la mise en place de la position dépressive chez le bébé : l’enfant a le sentiment d’avoir réellement détruit la mère et il va avoir peur d’être un danger pour elle et pour les autres quand il grandira par une impossible maîtrises et une méconnaissance de ses pulsions agressives. Il se situera alors dans une réparation qui l’épuisera.


Issue 2 : Winnicott décrit la mise en place de la défense maniaque qui annulera la réalité psychique douloureuse d’avoir détruit la mère, la réalité de l’ambivalence (amour, haine). Le bébé « contrôle » tout, contrôle sa mère de manière toute puissante et triomphe ainsi de la perte de l’objet, de son absence. Il a la main mise sur la situation . Déni du sentiment de destruction et de perte.

L’expression de « défense maniaque » recouvre cette capacité (terme Winnicottien) à ce triple déni : perte de l’objet, sentiment de destruction de l’objet, culpabilité d’avoir détruit l’objet.


Winnicott plutôt que fantasme emploie le terme de réalité interne qui se module selon deux temps :


réalité interne : plaisirs et douleurs de la petite enfance

rêveries diurnes : dont la fonction est de tenir le rêveur à l’écart du monde interne trop douloureux.


Le risque de trop de rêveries diurnes est de tuer la créativité  et de créer une nouvelle conformité par fuite des impulses.


Enfin, Adam Phillips met en lumière une distinction importante de Winnicott :

Dans l’orientation « le mieux est l’ennemi du bien ». Il faut bien distinguer le fait d’être rassuré par la réalité et la création et le fait de se rassurer par une mise en place de défense maniaque.


Chapitre très riche qui décrit avec précision une élaboration comparative Anna Freud, Mélanie Klein et Winnicott. J’ai trouvé cette complémentarité très riche mais il est vrai douloureuse car elle nous montre combien il est difficile d’être mère ou enfant ou les deux. Il y a quelques années j’ai approfondi l’œuvre de Françoise Dolto. Une autre approche encore : celle par les mots et le langage. Quand j’aurai fini momentanément mon entrée « en Winnicott » je reprendrai mon entrée « en Françoise Dolto ». Tous, comme des explorateurs ont tracé de leurs vies et de leurs concepts une  patiente cartographie qui me paraît fondamentale à connaître si un jour, dans nos toujours nous voulions inventer un peu la paix dans ce monde en guerre où les hommes n’en sortent pas de leur scénario de pulsions agressives infantiles. (ce qui n’exclue pas l’économie et la politique bien sûr. Ne schématisons jamais) Parce que la première poupée qui est en nous a dû traiter plus ou moins bien avec les premiers objets d’amour et de ressentiment que furent la mère et le père, la poupée adulte, celle qui englobe toutes les autres poupées gigognes développe la guerre ou la paix en soi et avec ses semblables.


La guerre et la paix, je ne suis pas la première à le dire est une histoire de bébé qu’on a su aimer ou non, éduquer ou non en développant une intégration favorable et épanouissante de ses premières pulsions agressives qui le constituent humain pour toute la vie. Elles s’appelaient Anna Freud, Mélanie Klein, Françoise Dolto, Maria Montessori, Alice Miller. Ils s’appelaient Freud, Jung, Lacan, Ferenczi, Abraham, Reich, et puis ceux là que j’oublie (j’écris au fil de mon clavier). Ils étaient, ils sont, psychanalystes et du lieu de leurs fauteuils, à l’écoute des bébés que nous fûmes, ils ont fait ce qu’ils ont pu, ils font ce qu’ils peuvent pour inventer la paix. Ma façon à moi de lectrice et d’écrivaine de ce samedi de mai 2009 d’inventer la paix (chaque jour il faut en inventer une nouvelle…) c’est de vous avoir parlé en autodidacte du chapitre II du livre passionnant d’Adam Phillips / Winnicott ou le choix de la solitude. Mais je n’ai pas fini. Il y a encore plusieurs chapitres. J’en suis à la page 112 et il y en a environ 260.


A suivre donc…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche