Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 16:33
Chemin faisant clara lisait, Clara cheminait

Elle ouvrit alors l’énorme livre de Philippe Sollers Eloge de l’infini (Nrf Gallimard)  constitué d’essais  que Clara trouvait splendidement écrits.

 

Clara lisait le premier essai : Le Paradis de Cézanne.

 

Là où Cézanne mettait des couleurs Clara mettait des mots... La colère de Cézanne. La colère de Clara... Clara lisait. Clara transposait. Clara pillait... Clara restituait... Clara dans le temps de ses mots fuyait les autres puis les retrouvait, se fuyait elle, puis se retrouvait. Clara fuguait, Clara lisait jusqu’à en perdre le souffle. Clara à bout de souffle retenait son souffle. Clara comme Cézanne vivait à l’ombre de son tilleul, dans le temps de son être et de son tilleul.

 

Clara lisait ce texte doux comme le mot Venise et chemin lisant, elle avait envie d'aller à Venise dans cette ville dont le temps s’échappait des gondoles, peut-être passé mais tellement futur d’amours à éclore...

 

Clara  toute à sa lecture pensait à Calvino, à ses Villes Invisibles, de mémoire et de regards, d'eau et de temps. Clara aimait cette façon qu’avait Philippe Sollers d’écrire, elle aimait ses expressions venues de son ailleurs à lui, de sa ville invisible de lecteur, elle aimait le lire quand il racontait Proust et Ruskin, Monet aussi.  A nouveau Proust, encore, toujours Proust… Clara se laissait emporter par ce style flamboyant qui lui restituait Venise.  Clara empruntait les pas de Sollers foulait son chemin tellement lettré. , elle continuait, se laissait éclaboussée par la lumière de Venise, par ces mots précieux, raffinés, brillants, intelligents. Elle ne savait pas ce qui l’enthousiasmait le plus du  texte ou de la ville, cette Venise autre que celle qu’elle n’avait jamais pu imaginer. Une autre Venise, c’est ainsi que Philippe Sollers  avait intitulé son essai. La lecture de Clara se faisait canal ou lagune. Le cœur battant de trop rêver, elle  tournait les pages, glissant sur l’eau ; elle tenait le pari de Sollers, elle était  là tout entière dans le texte et dans la ville. Elle était là, lectrice de toujours pour toujours... Un jour, Clara irait à Venise et serait heureuse parmi les lauriers fleuris. Elle serait heureuse dans la lumière de Venise et sa solitude s’envolerait enfin dans le temps des moineaux. Elle choisirait son quartier, le visiterait en gondole et glisserait dans le silence. Elle connaîtrait l’étreinte de Venise

 

Puis, à son retour, elle feuilletterait enfin ce magnifique Vivre Venise recueil de photos, un cadeau qui l’attendait dans sa bibliothèque depuis vingt ans déjà, préfacé par Claude ROY. Textes de Dominique Fernandez. Editions Mengès. …

 

Et puis aussi,  Clara irait un jour à Florence. Là aussi il y avait des moineaux et là aussi sa solitude s’envolerait.

 

 Clara savait tout cela et dans la lumière de sa ville souriait.

 

 Certes, c’était l’hiver mais un jour, le printemps viendrait, et les moineaux s’envoleraient.

 

Clara lisait encore : La lecture et sa voix, histoire d’un mot, histoire de ténèbres, histoire de la littérature de la force de l’acte d’écrire porté par sa voix. Ecrire, quand la liberté dérange. Décidément, Clara aimait l’écriture libre de Sollers

 

Lire au jour le jour, cet Eloge de l’infini qui emportait Clara dans le plaisir de penser.

 

Extrait de la femme qui lit. Texte inédit de février 2008

 


 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche