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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 17:25
Avidité Ceux qui lisent mon blog régulièrement ont sans doute remarqué que je suis aux prises avec le temps de la vieillesse et de la mémoire qui s’efface. C’est dans ce temps là de la déstructuration de l’être que j’ai choisi de lire Winnicott, lire et approfondir. Je demeure convaincue que nous ne lisons pas n’importe quel auteur en n’importe quel moment. Nous sommes confrontés à une rigueur temporelle qui relève de la nécessité. Lire est un acte nécessaire. Je lis Winnicott avec avidité. Avidité concept clé winnicottien. L’enfant est avide du sein maternel dans un processus primaire vital, aux confins de l’agressivité. Winnicott décrit l’enfant comme impitoyable. Lorsque je lis Winnicott avec avidité, je laisse cours à une possible agressivité qui m’est nécessaire pour affronter la situation périlleuse qui est la mienne en ce moment et qui me renvoie à ma propre vieillesse. Il y a un concept que j’aime beaucoup chez Winnicott c’est son concept de processus qui introduit la notion d’une dynamique du temps. Donner au temps le temps ; c’est cela lire et créer sa lecture. Feuilleter le livre avec avidité, soutenir l’agressivité mais aussi la lenteur pour assimiler le livre. Paradoxe.

Autre concept clé winnicottien. Avancer de paradoxe en paradoxe ; Winnicott ne démontre jamais. Une démonstration introduit du temps figé. Il avance pas à pas sur les galets de ses paradoxes. Winnicott est un homme en mouvement entre nouveauté et conformisme. Il enfile les perles du déjà là de l’inconscient pour le révéler (Métaphore d’ Adam Phillips / Winnicott ou le choix de la solitude). J’utiliserai la même métaphore pour la lecture. Le lecteur enfile les perles du sens déjà là du livre pour le révéler. « le révéler » lui, le livre et lui, le sujet lisant. Pour reprendre la notion si riche de processus, je dirai que lire est un processus. Nous sommes bien plus « lisant » que « lire ». Apprendre à lire à l’autre c’est l’introduire dans ce processus de « lisant le livre » qui parfois peut faire peur nous ramenant à une peur archaïque du mouvement.

« Je sais » un autre concept clé de Winnicott c’est le concept de capacité. Capacité d’être seul, capacité de lire qui introduit le sujet de l’action ainsi être capable de lire ce n’est pas seulement s’approprier un code c’est s’approprier un processus qui nous situe sujet de l’acte de lire. Lire, être avide mais sans trop. Bousculer le sens du livre mais sans le détruire. Dans les moments de grande anxiété je me sais bousculant l’auteur et le prix de cela est l’amnésie du sens de ce que je lis. Si je veux réellement travailler un auteur, je dois me soumettre à la lenteur de ma lecture, lenteur que je m’oblige en écrivant. Vous savez, vous avez tous vu un bébé téter. Dans les premières cinq minutes, il se jette goulûment sur le sein puis peu à peu ralentit et s’autorise à jouer avec le sein, à le palper, à le lâcher, à le retrouver. Lorsque je lis, je fais un peu cela : je suis impitoyable avec l’auteur, je me jette goulûment dessus, puis je ralentis ma lecture, je joue avec (j’écris). Si le livre a résisté à ma fébrilité, je vais pouvoir approfondir et découvrir l’auteur ; j’en serai récompensée par ce qu’il me révèlera de moi-même. Ce que je voulais vous dire aujourd’hui c’est que lire c’est téter.

 En ce moment, je tête Winnicott parce que j’ai très peur de la vieillesse et de perdre la mémoire. Alors, ma lecture de Winnicott me révèle le bébé que j’ai été, que je suis encore et cela m’apaise au point comme je vous l’ai dit dans un autre article de faire des petits sommes. Ce matin, ce qui m’a fait dormir c’est quand j’ai lu que l’avidité était essentielle aux activités humaines parce qu’elle introduisait la notion d’amour dans tout ce nous faisons. Je trouve cela si simple et si splendide que je m’assoupis de plaisir. Lire c’est téter, lire c’est aimer, lire c’est se reconnaître être de plaisir. Assez joué, je me remets à la passionnante lecture de Winnicott ou le choix de la solitude, écrit par Adam Phillips (Editions de l’Olivier. Penser rêver). C’est cela penser c’est rêver.

Penser c’est téter.

Dis moi le téteur que tu étais, je te dirais le lecteur que tu es ! J

je tète, tu tètes, il ou elle tète, nous tétons, vous tétez, ils ou elles tètent Winnicott.

Je lis, tu lis, il ou elle lit, nous lisons, vous lisez, ils ou elles lisent Winicott

avec avidité !

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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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