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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 10:50

 REQUIEM

 

 Terre d’exil qui ne cesse de se taire, du silence qui l’aspire surgit une mémoire de deux mille ans, une mémoire du présent trouée par des siècles d’humanité. Cette terre la sienne est un espace où s’encre le temps. Elle y est entrée par la réminiscence, elle en est sortie par l’oubli. C’est une terre ou chaque question est réponse, où chaque réponse est histoire. Alors, l’histoire peut advenir. La terre de Claire s’exile dans le silence de l’invisible, dans le désert de l’impossible. Invisible, impossible, manque sont les trois points cardinaux de la terre de Claire. Espace de l’éternel présent dans lequel se déploie un alphabet égaré qui dirait des poèmes, des textes en morceaux, des mots perdus dans le pas des pages, qui dirait ça de A à Z comme si c’était de l’entier et non de l’effrité. Claire lit  le Coran, le Talmud, elle lit Elie Wiesel, Tahar Ben Jelloun. Elle cherche une loi pour la syntaxe de son identité. Claire est la juive errante, une valise pleine de livres d’une main, elle avance dans le désert de ses doutes, dans l’inconnu de son passé. Son père encore, cet inconnu. Un passé qui la déporte dans un camp sans barbelé aux confins de trois cultures : juive, russe, islamique. Une langue à deux lettres, cette étrange « lalangue »de deux lettres « ç », « a », ça se lit , ça se dit, ça se dessine, ça s’écoute, ça se tait dans toutes les langues « ça », une langue sans cesse refoulée aux frontières de tous. Une langue qu’elle bégaie. Un bégaiement de deux mille ans, un bégaiement en noir et blanc que Claire échoue à transmettre dans le mot à mot.

 

Claire lit et marche. Elle veut être quelqu’un d’autre qui ne veut pas d’elle. Elle veut être celle qui sait écrire, arranger les fleurs et les couleurs, celle qui entend le murmure du monde sans pleurer, celle qui n’a peur ni du chaos, ni de la guerre. Ni du social ni de l’asocial. Elle veut être une femme sans risque. Une femme.

 

Si le monde était ferveur, s’il était lumière, s’il était bonheur, symphonie, la terre d’exil de Claire serait terre d’asile.  Pour tous. Rêve fou, rêve insensé, rêve en morceaux. La symphonie se met à tonner. S’abriter du tumulte, le temps d’une page qui restera blanche. Volets fermés, volets ouverts. Consonnes et voyelles. Claire a une lettre de trop. Celle qui lui manque. A jamais et nulle part, le temps d’un requiem.

 

 

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