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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 22:25

LE QUATUOR D'ALEXANDRIE

Lire ou relire  Le Quatuor d'Alexandrie. Se perdre dans une écriture limpide, sensuelle, jouer de ses reflets. Le Quatuor est un feu d'artifice de vérités mouvantes, qui à peine lues dans le ciel d'Alexandrie, s'évanouissent dans la nuit du livre refermé. La quête de soi, (écrivain ou lecteur), tel est l'enjeu de ces presque deux milles pages ; une quête longue , difficile, soumise aux aléas du temps, de la mémoire, du narcissisme. Une quête  d'Alexandrie, une quête de la ville d'Alexandrie dont le panorama diffère du nord au sud, de l'est à l'ouest, à midi ou à minuit. Chacun sa ville, chacun son crépuscule, chacun sa solitude. Récit d'une cité dans la multitude et dans la détresse, dans l'allégresse et dans la fête. Dans la création foisonnante. Sur les cieux mauves et roses d'Alexandrie, s'écrivent les vies comme autant d'architectures possibles d'une même ville. Alexandrie apparaît à travers les prismes superposés et simultanés de la mémoire de ses habitants, mémoire du présent permanent qui est la véritable histoire de "cette anecdote collective". 

 

 

Alexandrie la réelle est fugitive, elle court dans l'instant de chacun. C'est une Alexandrie insaisissable. L'Alexandrie imaginaire est celle ramenée dans le filet de métaphores jeté sur le réel de la ville par l'auteur pluriel qu'est Durrell, incarné dans le roman par les écrivains Arnauti, Darley, Pursewarden. De ce réel, ils veulent tout savoir, tout capter. Ils vont et viennent, promenant dans un jeu de miroirs, leurs fantasmes, conjuguant les verbes vivre, aimer, mourir. D'autres aussi : chercher, intriguer, espionner, souffrir, soigner, mentir, pleurer, se suicider, voyager, peindre , se souvenir, écrire, créer. L'Alexandrie imaginaire, celle de l'amour "qui prend tout ou perd tout", qui fait les enfants mais les  enlève aussi, celle qui viole les femmes et les fait avorter. Alexandrie l'infidèle, la tendre, la passionnée. Celle qui mutile et celle qui répare. Alexandrie la réelle. Alexandrie l'imaginaire mais aussi la symbolique. Alexandrie, la cage, la loi, la réalité héraldique, ses noms propres, ses cinq religions,ses cinq cultures. Alexandrie, son Histoire. Alexandrie la symbolique, celle où tout le monde est parlée par tout le monde, celle qui situe chaque personnage dans le battement de deux paroles, qui place chacun à une certaine distance de l'autre. Cette distance est symbolisée par une distance géographique : l'île de Darley. Cette île vide de tout savoir n'est elle pas une métaphore de l'absence et du silence qui permettront à Darley de symboliser Alexandrie dans le creux de l'écriture, dans ce plein de la lecture du manuscrit d'Arnauti ou du journal de Justine ? Jeu gigogne. Géant. Quant au lecteur, à lui de reconstituer sa ville. Il est renvoyé à une page blanche, seul avec lui-même, comme dans le livre de Pursewarden. La simultanéité de toutes ces Alexandries donne une harmonie absolue à la création parfaitement achevée du Quatuor.

 

Seuls des peintres pourraient commenter le style de l'auteur. Un peintre nommé Seurat. Pointillisme des paragraphes. On ne reste jamais plus de 10 lignes avec le même personnage. Un peintre nommé Degas pour les effets de miroirs qui démultiplient la réalité qui nous fait parvenir Justine et les autres dans un effet de profondeur, dans une écriture stratifiée. Un peintre nommé Monet, pour les couleurs, Van Gogh pour la tourmente, Magritte pour "La durée poignardée". Un peintre nommé Picasso. Portraits brisés, lignes épurées, portraits reconstitués.

 

Laurence Durrell, peintre du verbe, a écrit une fresque du temps d'Alexandrie traversée par la solitude où les vérités de chacun surgissent pour mieux disparaître se confondant avec l'éternité et l'infini, avec l'amour et le dérisoire, avec le sublime et la mort. Jusqu'au passage à l'acte. Le temps d'Alexandrie n'est pas un temps proustien fait de réminiscences. C'est la mémoire du présent capté dans la spirale d'un temps relatif, d'un présent continu, celui du calendrier du désir.

 

Dans les crépuscules d'Alexandrie, nous menons une inlassable quête du réel. Une fiction toujours à renouveler, le désir en causes : l'Amour, la femme, la Vérité, l'art, les Cultures, les Religions, la Sexualité, la Création, l'Ecriture. Nous lisons, nous lisons. Nous tournons, nous tournons comme sur un manège. Le manège de la condition humaine.

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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