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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 19:17

Donald W.Winnicott

La mère suffisamment bonne

Petite bibliothèque Payot

 

La mère suffisamment bonne (5bis)

Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux self (1960)

P.93-123

 

Cet essai analyse les points suivants :

 

Qu’entend-on par vrai et faux self , Quel est leur rapport ? Leur articulation ? Leur conséquence pour la cure ? Leur conséquence dans le quotidien du patient ? Quelle est la fonction du faux-self ?  Comment se développe-t-il ?

 

Autant de questions passionnantes qui sous-tendent ce difficile essai dont le style traduit une recherche minutieuse, pas à pas sur vrai et faux self.

 

Je suivrais l’ordre chronologique de l’article avec parfois des remarques personnelles.

 

Pont de départ : Winnicott établit un parallèle  entre ces notions de vrai et faux self avec les notions freudiennes de pulsions sexuelles génitales comme prégénitales et de ce qui nous tourne vers l’extérieur établissant nos rapports avec le monde.

 

Contributions personnelles :

 

Winnicott élabore sa théorie du vrai et faux self

 

de son lieu de pédiatre et de psychanalyste (voir les essais précédents).

Ses observations prennent souvent leur origine non du nourrisson mais du patient adulte (dans lequel il retrouve le nourrisson qu’il fut)

Quand il observe le nourrisson c’est toujours le nourrisson dans la relation à sa mère (ou à son substitut).

Il nous apprend beaucoup à partir de l’étude de la phase de dépendance de ses patients

 

Ces quatre points sont fondamentaux pour aborder Winnicott.

 

Besoins du moi et besoin du ça :

 

Ce qui retient l’attention de Winnicott c’est le cheminement des satisfactions du bébé quand elles intègrent sa réalité intérieure et se différencient très progressivement de son environnement. A ce point, il parle déjà du vrai self. Quand les satisfactions viennent déjà renforcer le vrai self du bébé. C’est donc très tôt qu’apparaît cette notion, avant même le sentiment d’existence du père écrit-il.


Exemple


Partant de l’exemple d’une de ses patientes de cinquante ans qui lui avait confié qu’elle ne s’était jamais sentie exister avant sa rencontre avec lui (elle avait cinquante ans) il fait une description clinique du vrai et du faux self. Sa description enchevêtre les deux notions et le style est intéressant et nous attire toute suite l’attention sur le fait suivant : vrai et faux self ont un rapport intime qui varie selon les personnalités


5 variantes  quand le faux self dissimule et protège le vrai self :


Situation la plus pathologique vers ce que Winnicott appelle « la santé »


Cas extrême de protection du vrai par le faux :


On croit que le faux self est la personne réelle rencontrée. Le vrai self est complètement dissimulé. Il manque quelque chose d’essentiel dans la rencontre.


Le faux self défend le vrai self dans l’espace du secret (rapprochement avec la notion de symptôme)


Mise en place par le vrai self de conditions qui permettront au vrai sel d’exister malgré des conditions difficiles. Si il y a échec de cette mise en place il peut y avoir suicide au grand étonnement de l’entourage qui n’avait la perception que du faux self de la personne.


Mise en place par le faux self d’identifications d’enfance


Dans l’état de santé, l’individu renonce à son omnipotence infantile et va réaliser une intégration sociale réussie.


Dans ce cinquième point je note le terme très important d’omnipotence que Winnicott reprendra plus tard dans son rapport avec le vrai self.


Il développe aussi l’importance du diagnostic vrai self /faux self dans l’analyse des défenses plus ou moins rigides mises en place par le faux self. Important dans la mise en place d’un possible transfert ou non et dans la longueur de la psychanalyse qui s’engage.



L’esprit siège de l’intelligence et faux self


Lorsque la personne a un potentiel intellectuel très élevé il y a risque que le faux self s’installe dans la partie intellectuelle et d’une manière clivée du psyché soma (voir essai précédent). Il y a tentative de résoudre une vie pulsionnelle intense par une vie intellectuelle brillante. Mais alors, attention, il peut y avoir rupture soudaine et destruction de l’individu rattrapé par sa vie pulsionnelle.


Etiologie :


Ce qui retient l’attention de Winnicott psychanalyste, c’est l’instauration du faux self dans la relation qui s’instaure très tôt entre le bébé et sa mère. On ne peut rien tirer comme conclusion si on observe l’enfant seul.


Dans ce paragraphe Winnicott associe vrai self et geste spontané de l’enfant adressé à la mère. Ces gestes spontanés s’inscrivent dans les premières relations érotiques avec la mère.


Le rôle de la mère :


Dans ce paragraphe Winnicott situe le faux self dans son rapport à son concept « mère suffisamment bonne ».


Si la mère est suffisamment bonne, le bébé pourra progressivement renoncer à son omnipotence illusoire sur l’environnement et ainsi le vrai self pourra s’instaurer sans sentiment de mise en danger pour le bébé


Si la mère n’est pas suffisamment bonne, le bébé pour faire face à la situation difficile d’un environnement défaillant établira avec la mère une relation de soumission, il deviendra ce que la mère veut qu’il soit et le faux self s’instaurera  avec une fonction protectrice contre un sentiment de danger et de pulsions destructrices.


Dans le premier cas l’enfant est lié à l’objet maternel et grâce à son renoncement progressif à sa propre omnipotence il pourra rentrer dans le monde des symboles


Dans le second cas il y aura difficultés plus ou moins grande à rentrer dans le monde des symboles.


On retrouve là les notions très importantes de Winnicott d’objet transitionnel, de vie symbolique, de vie culturelle et de santé (et moi bien sûr je retombe sur mes pattes de la nécessité d’ateliers de lectures pour les personnes en situation d’illettrisme : les faire accéder à la santé symbolique par un lieu convivial et de partage des livres. «  construire du vrai self » pour mieux lire… Mettre les symboles au service de pulsions difficiles. Voir essai précédent)


Il y aussi le cas douloureux de l’instabilité de la mère qui peut-être tour à tour suffisamment bonne ou complètement défaillante, engendrant une déception répétitive, alors l’enfant se protège par l’instauration d’un faux self qui le protège de la maladie de la mère qui sème le trouble dans son équilibre. (Répétition transférentielle dans la cure quand la patient essaie « de rendre fou son psychanalyste ».


Le vrai self ne peut s’instaurer qu’avec une mère suffisamment dévouée.


Le vrai self, organisation de la vie sensori- motrice relève d’un processus primaire rendu possible par un environnement bienveillant.


Le faux self pourra s’instaurer mais d’une façon beaucoup moins défensive comme une membrane séparant l’intériorité du bébé et le monde extérieur auquel il doit faire face également ; Ce n’est pas une muraille (expression à moi) mais une membrane (expression de Winnicott). La santé c’est peut-être tout simplement « ne pas s’enfermer soi-même » dans un faux self  mais laisser passer le « je » entre les deux. Et la lecture, la vie culturelle dans son ensemble aide à cela pense Winnicott et je le rejoins mille fois ! Il ne doit pas y avoir scission entre vrai self et faux self mais membrane poreuse.


L’équivalent normal du faux self :


Quand le faux self s’instaure « en douceur » il y a réalisation de bonnes conduites sociales et intellectuelles, non défensives et productive de création et de vie intellectuelle.


C’est peut-être en cela que l’on peut dire que toute psychanalyse « réussie » débouche sur de la création parce qu’elle permet de s’y retrouver entre vrai et faux self, entre vie pulsionnelle et vie sociale, entre vie sociale et vie symbolique, entre vie symbolique et vie culturelle. (Cf. dernier paragraphe : les applications cliniques avec rappel pour clore le livre de sa fidélité à Freud malgré ses expressions  à lui « vrai et faux self )


J’ai beaucoup aimé cet essai et ce livre à la fois difficile (par l’enchevêtrement des notions) et à la fois facile par l’harmonie qu’il préconise. A lire crayon en main et progresser d’essai en essai pour retrouver la cathédrale winnicottienne.


J’y reviendrais , c’est promis !


Prochaine lecture, au jour le jour :

Donald W.Winnicott

Les enfants et la guerre.

Petite bibliothèque Payot 1984 (1994)


A bientôt !

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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commentaires

Sergent Tobogo 21/05/2016 15:46

Lecture passionnante. Merci pour ce travail de synthétisation.

annenkov 21/05/2016 17:10

Merci de votre lecture attentive.
Amitiés MJA

31 24/09/2015 09:57

Très intéressant et bien illustré. Merci!

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