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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 15:57

EN AFRIQUE

Raymond Depardon

Seuil 1996

 

       De passage à Paris, je suis allée au cinéma voir " Afriques  : comment ça va la douleur ?". Presque trois heures d'émotion, d' images bouleversantes de beauté, un texte sobre et intelligent sur l'Afrique et l'humanité, sur l'art aussi, une réflexion riche sur les cultures africaines, un apport profond et grave. Et puis, la voix chaude et cassée de Raymond Depardon. En sortant de la salle obscure j'étais nouée, émerveillée, émue. Presque dans un état second. Sous le choc de l'Afrique.  Devant le cinéma, étaient affichés les panneaux "critiques du film." Je les ai regardés et j'ai eu le bonheur de lire qu'il existait un livre du film avec photos et texte de Depardon. De retour dans ma ville, je suis allée chez mon libraire. Voilà, j'ai lu, j'ai voyagé avec Depardon, écrivain. Quelle chance !

 

Il nous mène tout au bout du continent africain écouter la douleur de l’Afrique dans un voyage subjectif à travers ses désirs et ses peurs

 

Nous regardons, projetés dans un espace géographique diffèrent du nôtre,  dans un temps autre. Double magie de l'image et de son texte. Double prouesse.

 

Il parle de la mémoire et de la pudeur de la douleur, entre "silence et cris". C'est, me semble-t-il le trait dominant du film comme du livre. Une grande pudeur. L'homme est seul avec sa caméra, avec son stylo, dans l'image et dans l'écriture. Quelque chose se cherche, se donne à voir, se dit dans le mouvement d'un art qui se dévoile, qui interroge, qui délivre.

 

Johannesburg, Soweto, l'Angola, une enfant et sa poupée mutilée à Luanda,, trois adolescents nus de dos, des visages de vieillards, des hommes en marche, des mères portant leurs enfants et puis aussi le Rwanda. Là, il dénonce le génocide et la grille ethnique, les étiquetages des linguistes, ethnologues et anthropologues.

 

Il parle du Sida et des maladies d'Afrique, de la politique de l'OMS. Il nous emmène au Tchad et en Ethiopie, en Tanzanie aussi, véritable "camp de l'humanitaire". Il livre ses réflexions sur l'humanitaire, sur l'urgence mais aussi la nécessité de trouver des solutions politiques. Il écrit combien l’action humanitaire est nécessaire parce qu’elle permet de sauver, de rassurer, de faire savoir, de montrer que l’Afrique n’est pas abandonnée mais il ne faut pas travailler dans l’urgence, il faut penser le durable et trouver une réelle issue économique aux difficultés

 

Il photographie un enfant perfusé. La perfusion est attachée à une branche d'arbre...

 

Il nous confie ses peurs, ses doutes, son sentiment d'impuissance qui va qui vient puis s'en va. Il nous dit ses haltes et ses nouveaux départs, ses interrogations et ses certitudes. Un amour aussi. Une femme qu'il a filmée comme il n'a jamais filmé. Avec force... C'est beau, comme il raconte cet amour ! Il nous parle aussi de Sandrine Bonnaire et de La Femme captive, de son retour après le tournage et de ses pensées.

 

Il écrit que ces voyages relativise le temps et les problèmes

 

Ce travail constitue un précieux carrefour entre photographie, écriture, lent et respectueux mouvement de la caméra, entre réflexions politiques et réflexion sur les cultures Africaines et tout simplement  réflexion entre histoire de l'Afrique et géographie de l'Afrique. Un livre à la recherche du temps d'un continent. Une douleur retrouvée .

 

A vous, bonne lecture et je vous le souhaite : allez en Afrique. Vous ne sortirez pas indemne de ce voyage, vous reviendrez différent  mais vous porterez en vous la profondeur d’exister.

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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