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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 11:29

Clara prenait son café au lit en écoutant  Joan Baez.

 

Elle admirait le soleil sur les jonquilles et elle savait que quelque fût son passé avec Flora elle connaissait le bonheur. Par osmose, Flora lui avait transmis cette aptitude au bonheur qui était la sienne. Puis, Clara avait lu d’une seule traite « brûlant secret ». Stéfan Zweig était un écrivain magique. magique.

 

Clara aimait passionnément  il parlait du  rêve profond d’une vie. Elle la vivait très profondément. Cette longue nouvelle racontait l’histoire d’un enfant qui cherchait et découvrait « Le Brûlant Secret » des adultes : l’acte d’amour. Il le découvrait dans la solitude de l’enfance ; tout basculait, tout chavirait, il s’incrustait, il gênait, il empêchait,  alors on le jetait, on le rejetait. Il était seul. Il avait un refuge, sa grand-mère. Et tout repartait. Dans le possible. Il s’endormait et commençait alors le rêve profond de sa vie.

 

Clara n’avait jamais eu de grand-mère, jamais de refuge quand le brûlant secret doublé d’un autre pesaient sur mon enfance. Le coeur de Clara s’était serré en se souvenant qu’elle n’avait pas connu ses grand-mères même si elle en avait eu trois et en lisant, Clara s’était souvenue qu’enfant, elle n’avait jamais eu  rien, ni personne pour réparer son enfance. Elle avait choisi de grandir et de rêver sa vie avec Alain puis avec les enfants et quelques amis. Elle savait qu’aujourd’hui, le soleil brillait sur son bureau, qu’elle possédait de beaux livres, brûlée par un secret mais non détruite. Clara savait que si Flora n’avait pas pris garde à sa solitude d’enfant c’était que sa solitude de femme était infinie. Et cette solitude s’appelait la guerre. C’était son déchirant secret.


Il était une fois une femme. Elle avait 19 ans quand la guerre éclata et la brisa, mais cette femme continua dans le temps du rêve profond de sa vie. 8 Septembre 1920-15 septembre 1997


Zweig était un auteur que Flora avait aimé. Elle avait été touchée par la petite paralytique de La Pitié Dangereuse et Amok l’avait suivi dans tous ses déménagements.

 

Clara avait pris le temps de penser à Flora, de lire, de ranger la maison malade de l’hiver noir. Une proche semaine de randonnée dans les Cévennes l’aiderait à tourner la page de ces deux saisons.


Le paysage était étrange. Les arbres étaient en fleurs, les parterres étaient fleuris, et dans le même temps le tilleul aux branches nues disait que l’hiver n’avait pas cédé. Le ciel était gris, le vent soufflait comme si février et mars se disputaient. Clara était triste. Elle pensait à Flora.. Elle avait lu Amok. Histoire d’une femme qui avortait et qui en mourait, histoire d’un docteur qui sauvait l’honneur de cette femme. Ce qui était curieux c’est qu’elle avait lu cette nouvelle, aujourd’hui  8 mars, journée des femmes. Avortement et contraception, Flora avait su le transmettre à Clara. Que de fois  Clara lui en avait été  reconnaissante !  Ce n’était pas facile d’élever seule une adolescente. Flora avait su le faire. S.Zweig racontait une fois encore la compassion, l’amour jusqu’au sacrifice. Clara lirait maintenant La femme et le paysage parce qu’elle aimait le titre Lire la pansait de tellement de sentiments contradictoires. Lire avait pour elle un effet de catharsis d’un trop plein d’affects qu’elle n’arrivait pas à assumer au jour le jour.

 

Lire lui permettait de « se reconnaître et de mieux se connaître. » Dans Zweig, Clara se reconnaissait, vivante, complexe, pleine de contradictions multiples et de larmes. Elle se reconnaissait « possible. »

 

Extrait de La femme en retard . Marie-José Colet Editions La Brochure, 82.210 Angeville (adresse très courte mais efficace) 2008

 

 

Mais aussi, du côté de Zweig, toujours, Zweig que j’aime tant :

 

AMOK ou le fou de Malaisie

Oeuvres complètes de Stéphane ZWEIG

Pochothèque Tome I Pages 213-264

 

  J’avais dans un pli de ma mémoire une lecture de ZWEIG : Amok ou le fou de Malaisie. Je l’ai relue à la lumière de ce N° d’Empan.
Je cite une phrase de l’introduction avec laquelle je ne suis pas d’accord :

 « Soulignons d’une manière plus générale, que Zweig , ami et futur commentateur de Freud a voulu montrer la nature double,  ambivalente, d’un personnage dominé  par « une passion » qui, toutes proportions gardées, s’inscrit dans la lignée du Docteur Jeckyll de RLSteveson. »

                    L’essentiel de ce récit n’est pas l’ambivalence d’un homme mais l’histoire d’une femme qui avorte et qui en meurt. Elle meurt du déshonneur dont elle a peur, elle  meurt de s’être confiée à un médecin fou de rage que cette femme ait gardé fierté, orgueil et dignité, fou de colère que cette femme refusât de le supplier de l’aider ; une femme dans cette situation doit supplier l’homme, celui qui a le pouvoir ou non de l’aider, qui a le pouvoir ou non de faire passer le foetus et non l’enfant comme le dit le langage courant complice de l’opprobre sociétal.  Certainement le récit de Zweig  est romancé, un récit dans un récit écrit dans un style que même Marcel Proust pourrait envier et dont le suspens est intense mais que je casse volontairement.  La relation n’est pas celle d’un scénario mais d’une souffrance trop connue à force d’être ignorée.  Histoire séculaire d’une femme sans honneur dit-on. J’aime celle-là, fière indomptable dans son intégrité ; je meurs avec elle entre les mains « de la sale chinoise » qui l’a mutilée parce qu’un docteur a exercé son tragique pouvoir de dire « non ». Je condamne ce docteur responsable de mort de femme même si le récit en fait un être pitoyable. Oui, j’accuse tout ce qui constitue le trajet social mortifère de cette femme qui la condamne à mort pour avoir aimé un autre que son mari et pour en avoir été aimée, qui la condamne à mort au nom d’un code social qui lui pré-existe, pré-établie par des hommes sans honneur. Oui, j’accuse ce docteur, le mari, l’amant. J’accuse de responsabilité pleine et totale ce médecin qui pour moi n’est pas un fou de Malaisie atteint d’Amok.  Je pleure cette femme imaginaire si réelle, cette femme singulière, sans prénom dans le récit et si plurielle dans la vie. Un pluriel qui me fait hurler de colère sur la détresse des femmes d’hier et même de celles d’aujourd’hui, tant sont scandaleuses encore les conditions de L’IVG et la réalité du nombre de lits dans les hôpitaux malgré les efforts de beaucoup, tant est douloureuse encore la réalité physique et psychique des femmes qui avortent  comme en témoigne le lourd et splendide travail du Planning Familial. Oui, j’accuse cet homme responsable sans honneur selon mon code de femme.

 

Ma sœur, mon  amie, tu es morte dans des souffrances physiques et morales sans nom, sans prénom, dans la solitude que d’être femme.

 

  Ma soeur, mon amie, notre combat pour toi, pour nous, continue. Inventons notre trajet social qui doit être sans le risque imposé par des hommes coupables d’égoïsme millénaire, responsables trop souvent de notre mort ou de notre détresse quand il s’agit D’IVG. Ne concluons pas ce chapitre de notre histoire. Continuons de nous indigner, continuons de lutter non pour notre honneur tel que l’épellent  certains hommes mais notre bonheur d’être mère à notre heure et à celui de notre compagnon enfin aimé, enfin choisi.

 

  Le droit à L’IVG n’est pas une histoire de femmes. Non, non, et non ! C’est l’histoire des couples et de tous. Continuons, faisons appliquer la loi si durement gagnée au jour le jour et pour toujours. Rien n’est gagné, rien n’est acquis, rien n’est conquis.  Des messieurs Garraud (UMP Gironde) et d’autres rôdent encore, des chevaux de Troie sont là aux contours de nos ventres. Soyons vigilantes ! Attentives...

 

Amis, amies bonne lecture et bonne lutte !

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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