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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 22:45

Lutter. Inventer. Chercher. Ecrire. Continuer. Ensemble, dans l’humilité des jours. En pleine lumière. Dans l’amitié et dans la ferveur. Je suis une femme enthousiaste. Une femme de liens. Une femme de parole et de promesses tenues. Une femme consciencieuse jusqu’au désespoir d’échouer. Dans ma vie professionnelle, j’ai souvent échoué. Histoire de mauvais caractère. Je m’enferme dans mes certitudes, je ne supporte plus les certitudes des autres, je deviens intolérante et grise. Renfermée. Puis la lune passe et je me remets à aimer et à espérer. Advient la lecture. Advient l’écriture. Adviennent les amis, surtout les amies et la nécessité de continuer. Je recommence. La lecture c’est une question de mots, d’histoire, d’enfance, de passage de moi à l’autre et de l’autre à moi. J’écoute. Je lis leurs mots qui s’écrivent si mal. dans l’attente du bonheur qui pourrait advenir.

 

« Je souhaiterai :

Avoir de la chance et bonheur dans cet vie toujours. Toujours que des problèmes, problème et problème. C’est très fatigan. Voir heureux mes enfants. Trouvé du travaill !

Mon rêve passé le permi de conduire. Je ne pas de chance !

Avoir la bonne santé, que n’a pas à cause de probelme, nous sommes toujours énervé, strese.

Avoir mon frère à côté de moi ! Parce qu’il habite très loing ! c’est sole que j’ai ! »

 

L’essentiel se clame et s’exclame dans le point.

 

L’essentiel : le stress, la séparation, le manque de travail, la fatigue, la difficile insertion dans un monde de tous les jours commun à tous : aller travailler, conduire sa voiture, avoir son frère unique près de soi. On met un G à loin, ça donne au mot un air lointain, ça fait penser à longtemps ; Infinitif pas saisi. Le verbe trouver s’accorde toujours avec soi et le mot travail chute le e, fatigan chute le t . Des lettres finales qui chutent et qui disent la fatigue à finir les mots. Je m’approche du stagiaire. J’explique : accord, conjugaison, orthographe. Cela s’appelle remise à niveau. Remise à niveau de ce qui fait communauté entre nous. Etre ensemble, s’accorder sur une orthographe commune, histoire de sortir de sa solitude. L’orthographe c’est une histoire de solitude à vaincre.  Mais surtout je m’approche de lui, de sa détresse, je l’encourage. Je lui dis que c’est possible d’écrire les mots jusqu’au bout, de les conjuguer, de les accorder. Je lui dis que c’est possible d’écrire, je lui dis que je suis là, que nos souffles se mêlent et que peut-être il n’est plus seul. Mon corps penché vers le sien est là. Alors, il reprend pied, il s’applique, il persévère. Il est présent dans notre échange et l’orthographe va peut-être advenir. Il me dit « Comme ça, c’est bien madame ? ». Il trébuche encore, alors, je lui dis « c’est presque ça » et il recommence.

Il avance, nous avançons Les autres attendent. Je passe au suivant. Je recommence. je vais de solitude en solitude. Je recommence la partie. Et je gagne presque. Être humble et triomphante dans chaque victoire. Un combat, pied à pied avec le mot, avec l’impossible poésie que d’être. Vivre la seconde et passer au temps suivant. Maintenant... et j’enchaîne. Nouvelle page. Nouvelle séquence. Varier. Les essouffler. Lutter contre l’ennui de ne pas savoir ; dire où on est . Nous regardons ensemble la carte de l’atelier. L’atelier est un temps mais il est aussi un espace. Maintenant on résume, maintenant on va faire un voyage autour d’un mot ; ça ils aiment. Je prends un mot, je le choisis ce mot qui reflète l’instant présent du groupe, je l’écris au tableau et on associe librement autour. On écrit plein d’autres mots autour de ce noyau, de cette graine. On fait germer. On parle, souvent on rit car c’est ludique de chercher tous ensemble.  On écrit des phrases et c’est gagné. On a un texte commun ! On est ensemble, on a gagné sur le terrifiant « je ne sais pas » ...terrifiant et mortifère d’immobilité. Le risque des mots écrits c’est leur immobilité quand le sens est épinglé comme un papillon de collectionneur. Il ne faut pas collectionner les mots. En atelier, on les lit, on les nomme mais nous les mettons en mouvement avec d’autres. C’est cela on lit comme on marche, on écrit comme on nage. le risque c’est de se rencontrer soi, tout seul mais se rencontrer avec d’autres c’est créateur. Nous nous impulsons mutuellement. En principe, parce que certains lundi matin, c’est dur. Je rencontre des regards vides, des corps pesants. Absence. Alors, je ris et je demande à chacun, ce qu’il a fait ce dimanche, hier. Et puis, je rappelle que nous sommes lundi et qu’il nous faut « travailler ». La notion de travail est très importante. Travailler les lettres, travailler les phrases. Lire est un travail. Ecrire aussi. Quand je sens trop de lourdeur, je dis « Allez ! on va faire une dictée. » Ils aiment tous les dictées. Au début, je ne comprenais pas pourquoi. Moi, je n’aimais pas trop ; cela m’évoquait des situations scolaires infantiles et infantilisantes. Mais ils m’ont entraînée dans leur passion. La dictée c’est comme un col à franchir. Il y a de l’effort à fournir mais le paysage est si beau ! Quand on corrige, les difficultés sont vaincues. J’explique le pourquoi de l’orthographe, je donne des explications sur les accords, j’associe sur des idées qui me viennent comme ça. En fait quand je corrige les dictées, je leur parle beaucoup, avec conviction, presque avec passion car je découvre en même temps qu’eux le paysage complexe de la langue française. Je parle, je communique, ils me posent des questions et nous y mettons tous notre âme à comprendre, à faire comprendre et c’est ce qu’ils aiment dans les dictées je crois. Nous cherchons, nous recherchons.

 

     (Extrait de Madame, je veux apprendre à lire ! Marie-josé Colet Erès 2008)

 

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