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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 06:02

 

Molloy

Les éditions de Minuit (poche N°7)

Je suis une intermittente. Spectacle barré à moi-même, je suis le metteur en scène, il est mon auteur, j’ai perdu le spectateur. Il est seul en quête de lui-même. Molloy défie la loi. Le commissaire ne comprend rien à cette histoire de chien écrasé. Moi, je trébuche, douleur fulgurante au genou gauche. Non droit. Qu’importe ! L’autre aussi, il a mal, au même genou. Ce n’est pas important cette histoire de genoux. Ce qui est  à retenir, c’est qu’il est seul, l’autre. Molloy. A la dérive sur ses béquilles. Moi, je suis borgne comme Molloy sur ses béquilles.  De mon oeil borgne,  je contemple sa région à lui, toute petite, celles qui n’a pas de limites et se fond dans les autres, les voisines, les toutes seules, les pas pareilles. Je ne les franchis pas. Je reste dans la région où il y a ma mère, sa mère. On a une histoire à régler avec elles. Il y a aussi Moran, celui qui enquête sur Molloy. Moran, il a mal au genou, il va découvrir les béquilles, il a un fils. Avec son fils il a une histoire à régler. Histoire filiale qui fait histoire dans Molloy. Je lis les conflits qui font mon histoire et qui défont l’histoire. De Molloy. Des histoires en miroir qui s’emmêlent. Je pense à Paul Auster. Une histoire de Quinn qui enquête dans une Trilogie New-Yorkaise. Je suis seule à la dérive, j’ai mal au genoux et je lis les histoires en miroir. Ma solitude, la leur, je dis, je lis, j’invente. Il dit, je le lis , à chaque fois c’est inventer. Il a perdu son nom. Molloy, ça lui revient. J’ai perdu celui de ma ville. Identité incertaine. La sienne, la mienne. Monologues des silences intérieurs. Et puis merde ! Quelle absurde malchance que sa vie, que ses béquilles, que son oeil borgne, que sa solitude innommable ! Et la mienne donc ! J’entends un bruit de pierre qu’on suce et dans un éclat de rire je tourne les pages. Une histoire de cailloux dans des poches et de pierres à sucer, quatre par quatre ou un à une ! Et ça dure et on rit ! Quelque chose à rééquilibrer dans le rire comme si on pouvait rééquilibrer  la solitude, comme si on pouvait sucer des mots ou bourrer ses poches de lettres ! Il traverse sa vie à vélo, Molloy. Il est enquêté par l’autre Moran. Il y a Yodi aussi. Tous trois traversent le spectacle. Jusqu’à l’écriture de Beckett,  génial prix Nobel de Littérature en 1969.

 

De Molloy, de son vélo, de ses béquilles aucun éditeur n’en voulait ! Aïe ! Aïe ! Molloy, un chef d’oeuvre.

Je suis à la fin du livre. Je rentre dans ma ville dont j’ai perdu le nom. J’avance à l’intérieur, je suis borgne. Je suis seule. Mais je ris d’être moi. Molloy rit au détour de chaque mot. Il rit du spectacle qu’il invente. Il invente sa vie avec humour et presque tendresse. Il invente son histoire, et l’humour du spectacle nous fait trembler de rire, vaciller d’émotion... Des béquilles pour lire, entre larmes et rires. Nous sommes seul (e)s et après ? Pas de quoi fouetter un chat encore moins écraser un chien. En perdre son nom à la rigueur. Sur son vélo, sur mes béquilles, je ne sais plus sur quel pied me poser ni quelle pierre sucer, sur quelle pensée m’arrêter. J’enfourche alors le vélo de Perec, celui qui a un guidon chromé et qui est au fond de la cour et je pédale, je pédale et voilà mon nom me revient, je suis une intermittente du spectacle et je m’appelle oui c’est ça, je m’en rappelle, je m’appelle, Marie-José Colet

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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