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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 20:08

Donald W.Winnicott

La mère suffisamment bonne

Petite bibliothèque Payot

 

(1) Préface de Gisèle Harrus-Révidi :

La mère suffisamment bonne et l’enfant nécessairement seul.

P.7-31

 

Gisèle Harrus-Révidi donne les dates de Donald Woods Winnicott : (1896-1971).

Le point de départ de son exposé est l’objet transitionnel, cet objet qui évoque la mère mais qui n’est pas toute elle, cet objet qui invente une aire intermédiaire entre le monde intérieur du bébé et son monde extérieur, cet objet qui doit être accepté par le bébé, par sa mère et par les autres adultes. Cet objet qui articule le réel au symbolique dans la création de l’espace psychique de l’enfant.

 

Ce qui est en jeu dans ce petit livre « La mère suffisamment bonne » c’est l’approche théorique de la construction de l’enfant. Chacun des quatre essais donnera un mouvement de cette construction là.  Ce livre est l’histoire d’un débroussaillage.

 

D’une étrange locution :

 

Des locutions pour traduire « good enough mother » :

 

- « Mère suffisamment bonne »

- « mère ordinaire normalement dévouée

- « mère tout juste acceptable »

 

Locution qui repose sur trois hypothèses :

 

Double casquette de Winnicott qui est à la fois pédiatre et psychanalyste et qui approche le corps du bébé différemment selon s' il est l’un ou l’autre.

Mise en exergue de l’idée essentielle de Winnicott qui est le lien nécessaire pour le bébé entre environnement et santé, clé de l’équilibre du bébé et de l’avènement de son potentiel créatif

Flèche contre Mélanie Klein qui décrit en termes fantasmatiques l’univers du bébé. Winnicott insiste sur ‘importance de l’environnement et de la mère parfaitement réels. Il introduit ainsi les notions de soins et de réparation

 

Quelques questions sur Donald Woods Winnicott :

 

Etait-il un idéaliste dans sa façon de décrire la mère ?

Etait-il un clinicien dans sa façon de décrire la mère et l’enfant ?

Etait-il un misogyne proposant un modèle flou à la mère intégrant Holding ( manière de tenir l’enfant) et Handling (manière de caresser l’enfant) ?

 

Il respectait l’angoisse de la mère qui selon lui la faisait progressait mais évitait la culpabilité qui la figeait et immobilisait la relation.

 

Enfin, il faut rappeler que Winnicott a assumé dans sa vie environ 60.000 consultations !

 

Se pose aussi sur Winnicott sa relation à sa propre mère qui connut un épisode dépressif ce qui le fit approfondir chez le bébé le « sentiment de continuité d’existence » parce que ce sentiment lui avait gravement manqué.

Comme Freud, comme Ferenczi, Comme Mélanie Klein, comme tous, Winnicott a élaboré du lieu de son enfance.

 

La psychanalyse comme toute approche clinique ne peut s’élaborer que du lieu de son histoire et de son identité.

 

Enfin reste la question du père et il est rappelé que finalement Winnicott dans ses consultations se tenait toujours en position de tiers. Le père, point aveugle de la pratique de Winnicott qui lui-même n’eut jamais d’enfant.

 

La grossesse, un état de folie ordinaire

   

    Dans ce paragraphe est décrit la femme enceinte dans son état de repli, de fugue, de dissociation. La femme enceinte ne pense qu’à son enfant et cela est nécessaire pour introduire au sentiment continu d’exister. Des carences à ce moment là ont déjà des conséquences cliniques pour le bébé à naître. Mais se pose déjà la question : à quel moment peut-on parler de carences et Winnicott le sait le bébé s’organise très tôt pour surmonter ces carences.

 

« Un bébé, ça n’existe pas »

 

Winnicott l’a souvent affirmé : un bébé seul n’existe pas. Il est toujours accompagné de sa mère, de sa nourrice, de son père, de celui qui s’occupe de lui et c’est dans ce couple nourrice/nourrisson que le bébé fait l’apprentissage indispensable de son omnipotence puisque la nourrice dans un premier satisfait tous ses désirs. C’est à ce moment là que s’instaure, l’identification primaire d’abord fusionnelle qui permet au bébé de se sentir exister en tant qu’être humain, puis progressivement l’environnement ne répond plus au quart de tour et le bébé passe de l’identification primaire à un temps de créativité : recréer l’environnement défaillant notamment avec l’objet transitionnel. Il est donc important que la mère ne soit pas trop bonne, qu’elle instaure de la défaillance, pour laisser un vide que l’enfant comblera dans un processus créatif qui le rendra progressivement autonome dans une douce graduation et qui transformera ses objets de besoin en objet de désir. Je dis douce graduation et je pense aux maisons vertes de Dolto qui apprenait dans un bon environnement la séparation. Mais pour en arriver là le bébé doit faire l’expérience de la solitude.

 

L’enfant nécessairement seul :


Pouvoir être seul c’est avoir pu intérioriser un bon environnement.  L’enfant joue seul avec ses pieds, avec ses bras, avec ses mains en présence de la mère, puis sans la mère. Si l’enfant ne peut rester seul en présence de la mère suite à des carences (mère dépressive par exemple ou traumatismes de vie) va s’instaurer un faux self, un clivage qui va faire vivre l’intellect indépendamment du corps en état de manque. Ce faux self a pour fonction de protéger le vrai self de la défaillance de l’environnement et ainsi l’enfant va « mûrir », va développer des qualités sociales souvent gratifiantes pour les parents mais masquant la souffrance de l’enfant qu’on ne pourra donc soigner et entendre. Le faux self fera solitude chez l’enfant et parfois fera couver comme l’eau qui dort des symptômes ultérieurs.

 

Cette notion de faux self est à l’origine de l’étude théorique du transfert par Winnicott.

 

Ce que le bébé voit quand il regard le visage de la mère :

 

L’enfant se voit d’abord à travers le miroir qu’est le visage de la mère aimante. Il est beau puisque sa maman sourit en le regard. Le visage de la maman et du bébé ne fait qu’un et l’enfant sourit en réponse au sourire de sa mère ; Puis l’enfant va distinguer sa mère en tant que différent de lui, parfois gaie, parfois triste, parfois soucieuse. Et l’enfant regarde ce que la mère regarde. Cela fait douleur de n’être plus l’objet unique de son regard. C’est donc à partir du regard de la mère, de la direction de son regard que l’enfant va se positionner dans son espace. Il y a corrélation entre le moi non fusionnel qui s’instaure et la découverte spatiale de l’environnement.

 

Commence la saga du miroir. Du vrai miroir. Celui où nous nous regardons, celui où nous avons  une tête faire peur ou celui où nous resplendissons de lumière, celui qui nous dit qu’un jour, il y a bien longtemps notre mère nous regardait ou au contraire parfois nous ignorait. Alternance du regard de notre mère, alternance de notre miroir. Nous n’en sortons jamais de notre maman absente ou présente, bonne ou suffisamment, gaie ou dépressive, là tout près ou si loin, notre mère notre premier miroir sur la terre, notre mère notre première terre, notre premier manque, notre première séparation, notre première création, Dieu créa la femme mais l’enfant créa la maman. Bon j’arrête !! A vous !

 

Dans le temps du sourire cherchons avec Winnicott. La mère nous renvoie, dès le plus jeune âge ce que nous lui apportons et ça quand nous devenons grands c’est la psychanalyse : le psychanalyste lui, renvoie ce qu’on lui apporte et voilà qu’on se trouve ; ça semble simple mais quelle trouvaille !

 

Winnicott, c’est cela toujours : des trouvailles élaborées dans le temps de l’inconscient, dans le temps et des mamans, dans le temps de ses consultations et de ses lectures. Dans le temps de sa vie.

 

J’ai aimé cette préface courte et dense, cette préface claire qui introduit aux articles que je vous raconterais dans les jours qui viennent.

 

Un par jour, voulez-vous ? Comme une histoire avant de s’endormir car je vous l’ai dit dans un précédent article « Des parents suffisamment bons » , dormir en lisant Winnicott fait du bien, dormir, retrouver au présent le bébé que nous avons été, le bébé nous sommes.

 

Bon sommeil ! MJC

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Donald Woods Winnicott
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