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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 08:36

Un livre d’Assia Djebar

Femmes d’Alger dans leur appartement

Albin Michel 1980 et 2002

 

En couverture : Femmes d’Alger dans leur appartement 1834 Eugène Delacroix

 

Je dirais une version Des Causeuses de Camille Claudel. Version peinture.

 

Un roman qui dit la dialectique entre conversations, jamais figées me semble-t-il et mouvement de libération des femmes tel est l’enjeu littéraire de ces nouvelles. Je vais essayer de restituer ce mouvement de « ce qui parle dans ce livre », de « celles qui parlent », de « celles qui causent ». Les Causeuses.

 

Elles parlent du lieu de leur enfermement, le voile, les voiles qui les cachent au regard, du lieu de leurs barreaux, autrefois la prison de Barberousse, elles parlent du lieu des générations passées, quand le récit s’enroule dans « la nuit du récit de Fatima, elles parlent du lieu de leurs morts dans « Les morts parlent », elles parlent du lieu de leurs larmes dans « La femme qui pleure », (et j’ai pensé à Marguerite Duras), elles parlent du lieu de leur exil si douloureux dans « il n’y a pas d’exil », elles parlent du lieu de leurs délires, de leur rêves et du lieu du Hamman  dans « Femmes d’Alger dans leur appartement. » Elles parlent, elles vivent, elles pleurent jamais ne rient. Elles attendent ou se révoltent. Parfois soumises à la loi des hommes parfois non. Organigramme des paroles des femmes qui se disent de nouvelles en nouvelles. Des nouvelles qui forment un tout. Le tout de la cause des femmes, là-bas en Algérie, ailleurs en exil.

 

Des nouvelles qui s’écrivent dans le temps d’une nuit, dans le temps présent des conversations, dans le temps d’hier et d’ une post-face érudite qui analyse ce qui fait regard, ce qui fait parole, ce qui fait murmure des générations, ce qui fait libération. Des femmes.

 

J’ai beaucoup aimé « La nuit du récit de Fatima ». Cette nuit s’enroule dans les propos, de trois vies de femmes, de trois générations de femmes : Arbia, sa fille Fatima, la bru de Fatima, Anissa. Ce sera la déchirure de la quatrième génération qui s’épellera dans le prénom de la petite Meriem. Un rapt. Un fait divers comme on entend à la radio et qui s’éclaire de l’intérieur des mots de femmes, des faits de femmes. « Des mots torches », des faits dans la lumière des coeurs et des traditions. Dialectique des mots aux actes. De Delacroix à Picasso. Ce qu’il fallait écrire. Mais fallait-il que cela se vive ainsi ? Le drame d’une enfant enjeu entre tradition et modernité, entre femme soumise et femme libérée ? L’enfance déchirée. Insoluble des vies passées au tamis des générations. Irréductibilité des désirs. Deslarmes au fond des yeux j’ai tourné la page.

 

J’ai aimé le prodigieux style de la longue nouvelle Femmes d’Alger dans leur appartement. Du présent, presque que du présent. Un peu de passé dans une cicatrice bleue, dans le récit de Sarah la musicienne, la mort de sa mère. Elle était emprisonnée. Les larmes ne pouvaient couler. Maintenant dans le présent de l’histoire elles coulent, libérées. Du figé à la libération des larmes. De Delacroix à Picasso. Sarah et son amie Anna qui n’est revenue que pour mourir mais elles ne mourra pas. Un jour Sarah et Anna partiront et verront la ville quand elle  tremble de lumière . Il faudrait parler aussi de  Fatma, la masseuse. Son poignet déchiré après une mauvaise chute elle délire et c’est beau mais beau ! Elle, l’exclue, elle à qui on a lancé l’interdit, elle, l’humiliée qui ne cause que dans le délire de la douleur de sa main blessée... A lire absolument. Un texte  parfait qui coule comme sur le marbre du malheur. Un texte comme une psalmodie. La description des baigneuses au hammam est parfaite. Comme sont émouvants ces mots pétris dans des corps flétris. Et cette eau chaude qui coule, qui coule. Des femmes secrètes en pleine lumière qui parlent. Oui, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle. Les autres aussi mais la place me manque. J’aimerais parler de toutes, citer les phrases onctueuses, littéraires, mouvantes d’Assia. Du mouvement dans les mots, du mouvement des femmes, des femmes en mouvement dans l’ombre des secrets de toutes Du mystère aussi. Des confidences dans le temps qui passe. Des voiles qui se dévoilent...

 

J’ai aimé ce livre, j’ai aimé ces nouvelles. Mais je m’arrête. Je vous laisse les découvrir entre Delacroix et Picasso. Je vous laisse lire, entendre. Les Causeuses et je disparais.MJC

 


 

 

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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