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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 06:59

Un livre de Marie Bonnafé

Les livres, c’est bon pour les bébés

Editions Pluriel 2001

 

.

Le bébé lecteur telle est l’heureuse et intelligente saga que nous conte Marie Bonnafé à travers ses livres. Comme monsieur Jourdain nous « savons »  ce qu’elle nous conte car « il était une fois »  est l’histoire de notre enfance, l’histoire de nos enfants, l’histoire de l’humain. Mais le travail de Marie Bonnafé est d’une telle ampleur, d’une telle originalité qu’il dépasse largement le  « Il était une fois » que nous connaissons tous. Lorsque j’ai lu ses livres et ceux de l’équipe d’ACCES, j’ai compris que  ce dont il était question c’était du bébé « ancêtre » du lecteur. Le bébé dans sa façon de lire invente la lecture de l’homme qu’il deviendra. Dis-moi quel bébé lecteur tu étais je te dirais quel lecteur tu es devenu et c’est parce qu’il existe une dialectique profonde entre le bébé et l’adulte qu’il est essentiel de se pencher sur la vie du bébé lecteur pour définir l’acte de lire.

 

En lisant ce livre j’ai appris le générique de la lecture.

D’abord pour lire il faut être une personne.  Attribuer aux bébés le pouvoir de lire c’est déjà les nommer sujet pour la vie, faire d’eux quelqu’un et non seulement un objet de maternage.

 

De sujet il faut alors parler de sujet parlant. Lire c’est être dans le bain de mots intérieurs et extérieurs qui pour la vie nous introduit à la pensée, à l’espace, au temps. Les livres arriment le bébé dans le coeur de son entourage. Il n’est plus seul dans son corps de bébé. Quelqu’un lui parle, le regarde, fait des mimiques, introduit un rythme et une musique, lui donne envie de grandir et de s’inscrire dans le monde ambiant.  Nous sommes au coeur de la lecture définie bien autrement que par le décodage ou le déchiffrage. Lire c’est donner du sens aux visages des autres qui nous aime et que l’on aime. Maman me raconte une histoire, elle éclate de rire, son visage bouge, ses yeux sourient, elle me caresse et tout cela grâce au livre qu’elle tient dans la main. Alors moi aussi je l’attrape, je l’ouvre, le tourne, le retourne, moi aussi j’invente le livre, retrouve sa mélodie et son rythme, moi aussi je le raconte à maman,  elle rit parce que je raconte bien. .Papa aussi est fier de moi et toute la famille dans laquelle je peux prendre place puisque je les rends heureux..  Dans cette saga là Marie Bonnafé décrit déjà le livre médiateur de mon être au monde que sera le livre Winnicottien, le livre doudou avant le dodo, celui qui rend possible la séparation et la plongée dans le noir de la nuit, puis le livre distraction qui me fera enfant passionné puis le livre érudit qui me fera intelligent. Le livre est un savoir être dans la rencontre d’un autre aimant, d’abord la maman, puis le papa puis le maître, puis le libraire ou le bibliothécaire, le livre sera mon premier trésor de vie partagé avec d’autres.

 

 Marie Bonnafé nous parlant des bébés qui aiment lire définit la lecture comme partage inaugural, partage d’affects. La lecture ne se conçoit que dans un temps de  partage avec l’auteur, partage avec les autres. Le monde ne se supporte que d’être partagé,  raconté, nos fantasmes ne se supportent que d’être mis en scène dans des pages et ce dès le plus jeune âge et surtout au plus jeune âge, celui de l’incomplétude de la pensée encore mal construite. Le bébé est ouvert à tous les vents de ses inquiétudes, de ses séparations, de ses sentiments trop intenses,  à tous les vents de sa vie pulsionnelle. Les  livres sont déjà là pour canaliser « ça » comme ils le seront plus tard d’ailleurs. Il était une fois « Malaise  de la civilisation »

 

Parce que le bébé est démuni, terriblement incomplet il a besoin de livres. Et il me vient un fantasme : si dès la naissance au premier cri néo natal, en même temps que la première toilette on racontait au bébé une histoire ?  Je ne sais pas laquelle. La préférée de la maman. Ce serait une histoire à mettre dans la valise de la maternité. Une histoire ou une comptine, un poème peut-être. Des mots qui dès la naissance diraient à l’enfant qu’il n’est pas seul et que le monde est beau des mots

 

Les livres n’ont rien à voir avec la compréhension. Peut-être plus tard quand on se croit grand. Les livres ce sont des musiques et des affects, des mimiques et des caresses. Les livres se sont de l‘autre, ce sont des autres dans lesquels déjà on se reconnaît. Un livre c’est un coeur ouvert, des images qui rendent sages, un livre c’est une présence. Un livre c’est une offrande. Le livre ainsi définit prend alors pleinement sa raison d’ËTRE auprès des bébés. Un livre c’est de l’être et plus tard des lettres mais si on sait pas l’être du livre on accèdera jamais aux lettres. Les livres auprès des bébés, c’est bon pour l’accès à la lecture, car lire c’est désirer lire. Lire c’est du pur désir et non de la pure intelligence. L’intelligence des bébés c’est l’intelligence du désir. Le désir quand il s’écrit dans le cercle magique des mots parlés puis lus par l’entourage aimant. Les livres c’est de l’amour. En cela les livres concernent totalement les bébés

 

Les livres c’est du plaisir tourné vers l’autre et j’aime beaucoup la couverture du livre de Marie Bonnafé : Un bébé couché qui sourit et qui tient un livre mais qui regarde un autre : le photographe, le papa, la maman. Le bonheur de tenir le livre en regardant un autre. C’est beau...

 

Le livre c’est aussi de l’identification . Je me souviens d’une très belle photo de mon  fils d’un an , assis sur le lit,  lisant avec grand sérieux le journal de papa.

Le livre c’est un jeu avec les mots écrits ou parlés, c’est l’invention du beau, du littéraire, du construit, de l’intonation, du rythme, du « et voilà ! », de la fin et du début, c’est l’approfondissement du langage traversé d’images. C’est l’invention du monde et de mon monde. Et les bébés ont besoin de leur monde pour s’inscrire dans le monde. S’en séparer le temps de l’imaginaire pour mieux le retrouver dans une réalité sécurisée. L’imaginaire du  livre c’est le possible danger où on ne risque rien, le loup est dans le livre mais il ne dévore pas l’âme ou le corps. On peut y revenir mille fois, jamais il ne mordra parce que c’est un loup pétri de mots et les mots ça rassure. Les livres ça rassure et c’est pour ça qu’ils sont bons pour les bébés.

 

J’en ai dit un peu, un tout petit peu ; Marie Bonnafé nous en dit bien plus. Sa pensée est profonde, douce, soyeuse. Sa pensée s’adresse aux bébés que nous sommes ou que nous avons été. Je ne sais pas ; sa pensée introduit aux livres, à la lecture à la tendresse et pourquoi pas à l’intelligence si l’intelligence est celle que nous avons acquise bébé et que  nous avons su garder intacte.

Merci Marie Bonnafé pour tant de profondeur et de fraîcheur.

 

Il était une fois « Les livres c’est bon pour les bébés » surtout ne vous privez pas de cette histoire là !

 

Marie-José Colet

 

PS. Lire aussi les travaux d’Accès :

 - Premiers récits, premières conquêtes. Une littérature au berceau.

-  La petite histoire des bébés et des livres

Des beaux livres avec du jaune, du rouge et du vert . C’est gai !

 

Aux éditions Erès :

- Petite enfance et cultures en mouvement

- Des livres d’images pour tous les âges. Dominique Rateau

- Dossier Spirale : Les tous petits et les livres

- Spirale N° 43 : Qui es-tu doudou dis donc ?

 

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Published by Marie-José Colet - dans Les tout-petits
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