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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 13:45

Un livre de Gisèle Halimi

Fritna

Plon 1999

                 J’aime Gisèle Halimi. J’aime quand cette femme parle à la télèvision, les causes qu’elle défend, les livres qu’elle écrit, son courage, son intégrité. J’aime sa large élocution. J’aime ses rides, ses cheveux bouclés, j’aime l’image qu’elle donne de la femme qu’elle est et parce que femme je me construis à partir d’autres femmes, elle est pour moi un modèle sûr. J’ai aimé son livre Fritna.

                     Le livre finit presque là finit, le récit commence, avec la mort de la mère

Avec la mort de la mère commence la fin de l’enfance et le début de la quête d’une femme prénommée Gisèle. De sa blessure de femme va s’écouler dans un filet d’encre le non-amour de la mère, le manque qui fait question tout le récit, celle de savoir si oui on non sa mère l’a aimée, aimée mais surtout respectée. Tout est là, d’un mot à l’autre. Plus encore que l’amour ce dont il est question dans ce récit poignant c’est du respect de l’enfant. Ce respect de l’enfant deviendra dans l’antériorité de l’écriture de ces autres ouvrages, le respect des femmes.

                 Ce livre est d’une narration douloureuse et pudique. Gisèle Halimi raconte son enfance à Tunis, sa naissance si  décevante pour son père (il voulait une fille) parenthèse qui fera destin chez Gisèle, elle raconte la mort accidentelle de son petit frère André (c’est de sa faute  dira la légende maternelle) deuxième parenthèse qui fait une fois encore destin chez Gisèle, elle raconte sa soeur, sa tante. Je lis, mon regard s’attarde sur ces mots destin de femme et je pense à Françoise Dolto. La première est avocate, la seconde est psychanalyste mais l’une et l’autre disent l’enfance violée, l’enfance qui vient mourir pour cause de viol. Je pense aussi à Jules Renard quand il est Poil de Carotte. Je m’évade de ma lecture pour mieux m’y nicher : «  Maman m’as tu aimée ? » Poil de Carotte, Gisèle Halimi dans le corps à corps d’une même page, partageant les mêmes mots douloureux que Poil de carotte, de chapitre en chapitre. Une enfance de désamour. Une tendresse ravagée qui suspend sa vie et sa blessure, qui creuse son manque. Enfant elle est devenue femme, dans un devenir si cher à Françoise Dolto, un devenir qui  clame la vie, la création de chaque être. La création triomphante de la blessure. Gisèle Halimi écrit et les mots terribles succèdent aux gestes terribles –ordalies de la mère-. Là où sa mère aurait pu la détruire Gisèle écrit .Elle écrit dans la blessure et dans la nécessité, son manque, l’encre coule dans nos coeurs. Son livre est émouvant. Nous la lisons, nous la respectons, nous la découvrons femme mûre, enfant fragile. C’est très beau...

                

                 Ce livre me tourmente comme une vérité enfouie à faire surgir dans le contradictoire de l’amour de Gisèle pour Fritna, dans, une vérité que Gisèle Halimi devait à sa mère, dans une vérité qui à moi, m’a fait écrire La Femme en retard. A la recherche de la mère perdue.

                 Une vérité. La sienne. La mienne. Comme une clarté de femme. Oui, c’est cela.

Une clarté de femme.

Marie-José Colet

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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