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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 00:08

Un livre d’Alice Miller


L’enfant sous terreur

Editions Aubier 1981

380 pages


Alice Miller s’attaque aux traumatismes sexuels réels de l’enfance.


Selon elle, une névrose ne se situe pas dans un conflit pulsionnel mais dans un terrible réel traumatique.  L’analyste par identification à l’enfant qu’a dû être son patient permet la levée du refoulement.


Le processus de guérison intervient dès qu’il y a levée du refoulement de ce traumatisme tant au niveau du souvenir que des affects qui l’emportaient. (angoisse, colère, fureur, humiliation, sentiment d’impuissance.)


L’analyste doit tout faire pour soutenir son patient dans son chemin qui est pour lui un chemin de croix. Cette attitude n’est pas celle de l’amour dit-elle mais celle d’une empathie réelle, profonde, d’un accompagnement sans réserve dans lequel il joue tour à tour tous les rôles que lui attribue l’adulte, « enfant »

 

Alice Miller se situe toujours comme l’avocat de l’enfant qui se confie à elle, soit encore enfant, soit déjà adulte. Celui qui a souffert a  besoin d’un avocat, d’une adresse à sa plainte, car enfant il n’a pu dire son traumatisme à personne et c’est ce qui a produit le refoulement. L’environnement était trop néfaste pour parler. On retrouve là le concept si précieux de Winnicott : l’environnement.

 

L’analyste-avocat reconstitue patiemment dans le cadre des séances un environnement affectif qui permettra l’expression, la mise à jour du traumatisme infantile. Il est la première personne en qui il ait confiance, devant qui il ne se sent plus culpabilisé, à qui il peut même exprimer sa haine sans que l’analyste ne s’effondre.


Alice Miller est convaincue qu’une fois l’immense colère destructrice exprimée, le patient pourra enfin sortir de sa soumission à l’autre cruel,  à la violence d’un enchevêtrement  trop intense haine, mort, amour, vie pour reconstruire des défenses saines et surtout sociales. jusqu’à la sublimation réussie. Il retrouvera l’imagination de vivre et d’aimer enfin.


J’ai aimé ce livre si difficile à lire, sur le plan théorique car il interpelle sérieusement les concepts freudiens de la sexualité infantile qui selon Alice Miller ne placent pas dans le réalité le traumatisme sexuel, et donc il nous renvoie encore et encore à l’élaboration de nos concepts. Mille fois, à l’ouvrage tu te mettras, humblement, des heures durant tu travailleras car la détresse tu aideras.


Ce livre est surtout difficile à lire aussi par son contenu terrible « cruautés innommables » des adultes sur les enfants.


Ce livre est surtout difficile à lire car il dit le terrible engrenage de la cruauté : un enfant maltraité devient souvent un adulte maltraitant dans uns spirale du malheur terrifiante : L’enfant sous terreur

 

Ce livre est difficile à lire car il dit la terrible mémoire du corps et de l’âme à qui l’enfant sous terreur n’en finit pas de payer son tribut, sa dette inextinguible et mortifère .


Ce livre est difficile à lire parce qu’il dit l’injustice de certaines destinées.


Ce livre est difficile à lire par ce qu’il dit la pure violence et le naufrage de l’être sur qui elle s’est exercée.


Mais dans ce livre, malgré la plaine immense calcinée par le Mal radical souffle l’espoir de la reconstruction possible pour ces êtres là abandonnés du soleil et condamnés à la nuit éternelle par leur mémoire inconsciente trop cruelle, grâce à des hommes et des femmes, des psychanalystes,  qui patiemment reconstituent le corps et l’ âme de leurs patients, presque définitivement emportés par la monstruosité. Des gueules cassées.


Ce livre m’a fait pleurer de terreur mais aussi d’espoir.



Merci Alice Miller,


Merci à tous ceux qui par un travail obstiné comme le sien permettent à des adultes de n’êtres plus des enfants sous terreur et d’enfin devenir responsable de leur vie dans une communauté humaine, de devenir porteur de leur parole vivante  par leurs projets quotidiens enfin délivrés du cauchemar de violence et de terreur que fut leur enfance de carence.



Merci à tous ces chercheurs d’humanitude qui exercent au risque de leurs propres pulsions toujours interpellées par l’autre souffrant parfois jusqu’au délire.



Que ceux qu ont écrit le livre noir de la psychanalyse prennent le temps de lire Freud, Alice Miller, Françoise Dolto, Mélanie Klein, Winnicott et pourquoi pas Lacan. Car tous, avec leurs mots, avec leur âme, et leurs chagrins ont élaboré des concepts difficiles, parfois différents certes , mais tous sont à l’oeuvre, chacun du lieu de son histoire pour entendre celui qui souffre l’enfer et l’aider à se reconstruire du pire.



A tous les psychanalystes, toutes écoles confondues, merci au nom de tous les enfants sous terreur qui un jour ont retrouvé, même adultes, et parfois des dizaines d’années après le traumatisme sexuel, le sourire.



Marie-José Colet

4 avril 2009



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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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