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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 08:11

Cadeau !

Grâce et dénuement

Acte Sud Babel N°439

1997.  290 pages

Je suis une inconditionnelle d’Alice Ferney ; j’ai lu presque tous ses livres ; à chaque fois j’ai été prise par la densité du style, l’élégance de l’histoire, le suspens de savoir et d’avancer toujours plus dans le livre, le souffle retenu. Mais aujourd’hui, je choisis de vous parler de Grâce et dénuement.

Je me suis attachée à l’héroïne Esther Duvaux, jeune bibliothécaire obstinée, décidée à apprendre à lire à des gitans. Lors de cette lecture, le « comme moi », l’identification à l’héroïne a fonctionné plein temps.

Je me souviens de ma lecture.

D’abord ce terrain vague qui m’a rappelé celui de mon enfance.  Je ne fais pas partie des gens du voyage, mais dans ma rue, face à mon immeuble il y avait un terrain vague, sans caravanes, que jamais je n’oublierai. Je crois qu’il symbolisait déjà ma solitude.

Mais le terrain vague d’Alice Ferney n’est pas celui de mon enfance. Il est habité par des familles de gitans, ô combien attachants par leurs amours, par leurs errances, par leurs enfants, par leur vies enfin qu’Alice Ferney fait intensément vivre sous nos yeux. Dans leurs différences à nous et dans leurs similitudes car à tout prendre n’est-ce pas, quoiqu’en disent les racistes de tous bords, encore trop nombreux, les gens du voyage sont pure humanitude par leurs rites et caravanes, par leurs mythes et leurs toujours, par leurs chants et leurs poèmes, par leurs rivalités et leurs générosités, par leurs feux, par leurs enfants surtout.

Par les enfants l’histoire commence et continue.

Esther Duvaux, n’a rien de la jeune femme charitable qui veut faire le bien en apprenant aux enfants de la misère à lire. Non ! sa démarche et toute autre. Comme la mienne d’ailleurs. Elle a besoin d’eux, elle le sait. De la tendresse sans doute. C’est cela que j’ai cherché près de mon public en difficulté d’être. Le malheur, la marginalité, souvent, pas toujours, imprègne de tendresse les mots, je ne sais pourquoi mais je l’ai remarqué. Et Esther l’avait remarqué aussi. Ils étaient étonnés, eux gens du voyage, par cette jeune femme qui chaque jour venait les voir, avec ses cahiers, ses livres, ses crayons.

Son idée était de lire aux enfants qui ne disposaient pas de livres chez eux. Elle était convaincue que la vie ne suffisait pas à la vie pour lire. Il fallait aussi des livres. Je pense comme elle. Mon identification continue. Elle ne savait comment les apprivoiser eux les différents, que pourtant elle sentait pareils ? Seuls les livres l’aideraient. L’identification continue. Je ne savais comment parler lorsque j’étais psychologue près d’enfants en trop longue maladie dans un grand hôpital d’Alger ou près des délirants à Clermont-Ferrand ou près de ces gens qui avaient mal dans leur dignité de leur pauvreté à Montauban. Alors, comme Esther, je m’approchais d’eux avec mes livres, sur la pointe des pages que je tournais avec eux, dans l’hésitation et presque la crainte que j’avais à les rencontrer.

Quand Esther lisait, il lui semblait que tout aller changer, la détresse, le racisme, l’intolérance. Il lui semblait que les autres étaient possibles et que l’impossible de parler reculait. Lire ce n’était pas parler. Lire s’était s’échapper des mots imbéciles pour trouver le chemin de l’intelligence, lire c’était faire rêver les autres, les faire découvrir à eux-mêmes. Lire c’était magique, et puis ils le savait, la gadje avait raison, sans savoir lire de nos jours, ils étaient perdus. Lire était devenu  la nécessité du monde, de leur monde aussi.

Ils n’aimaient pas l’école, mais elle, ils l’aimaient parce que de la lecture, elle avait su faire une histoire d’amour.

C’est cela que je veux dire dans mes ateliers de lecture. Enseigner la lecture, c’est une histoire de syllabes certes mais aussi une histoire d’amour. Lire c’est s’inscrire dans l’amour et quand on mal à l’amour, l’illettrisme n’est pas loin parce que du sens du monde on se fiche.

Hier, une lectrice me parlait de son enthousiasme pour Jeanne Benameur ; je rapproche ce livre de son roman Les Demeurées ou lire et aimer ne font qu’un , ou lire donne du sens au monde par l’amour qu’il emporte de la curiosité et du respect de l’autre. Alors on peut lire sur les tombes et du passé accueillir la transmission (Voir mon cadeau d’hier avec Jacques Hassoun)

Je veux dire aussi que j’aime beaucoup la couverture du livre, une photo qui prête son âme à celle du roman. Une âme de voyage et de possible partage, une âme qui nous dit de l’acte de lire, la tendresse et le respect de tous.

Vraiment un beau livre.

A demain,

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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