Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 18:12

Cadeau !


Roger Martin du Gard emploie dans son journal une très belle expression : il dit qu’il a été ensemencé par un livre qu’il cite


Le printemps est là, d’un seul jet j’écris :


Je suis une femme,  terre de mots,  clair de terre toujours à taire, toujours à dire, toujours à rire, toujours à vivre.


Je suis une femme, terre de phrases dans ma case, je tourne les pages de mon destin en mangeant mon pain quotidien. Je dévore mes livres, j’avance dans ma vie que chaque jour j’invente.


Je suis une femme, terre de titres, terre de noms, avec eux, dans les dunes sous la lune, j’épelle  mon prénom, j’habite  mon nom


Je suis une femme, terre de romans, je m’identifie à tous, à tous, je me fie à eux, dans le temps de l’harmonie, je lis.


Je suis une femme, terre de solfèges, ma clé de sol est l’alphabet, mes notes sont celles inscrites au crayon noire sur mes pages.


Je suis une femme, terre de savoir, terre de lumière  et avec le sens de tous, je dirige ma boussole.


Je suis une femme, terre à découvrir, à conquérir d’un mot, d’un regard, d’un geste, d’une caresse, d’un livre.


Je suis une femme, terre de doudous, dans la vie j’avance tout doux.... Ma maman, jamais ne me racontait une histoire, alors


Sigmund Freud m’a ensemencée de mon enfance, Marcel Proust de mon  temps, Georges Perec de ma judéité, Simone de Beauvoir de ma liberté, Anaïs Nin de mon charme, Pessoa de ma solitude, Marc-Alain Ouaknin de la caresse de lire, Hannah Arendt de mon combat, Winnicott de mes ateliers de lectures, Empan de mon écriture, Jean-Pierre Vernant de mon honneur du quotidien, Charles Gardou de ma différence, Laure Adler de mes lectures, Julie Kristeva d’Hannah Arendt,   Rémy Puyuelo de mon savoir des autres, Jef Curval de ma tendresse pour des sales gosses,  Dominique Piveteaud de l’apprentissage de la lecture quand elle se fait sens,  Edgar Morin de ma méthode, Claire Hubert-Suffrin de ma citoyenneté, Fred Poché d’Hannah Arendt et de Levinas, Martine Leibovici  et Laure Adler, d’Hannah Harendt encore, toujours,  Laurence Durrell de mon Egypte maternelle, Tahar Ben-Jelloun de ma lutte contre le racisme, Paul Muzard de ma lutte contre la misère et de ma lutte contre la pauvreté, Gisèle Halimi de mon sens de la justice, Marguerite Yourcenar d’Hadrien, Marguerite Duras d’un idéal de style épuré, Françoise Dolto de mon parler vrai, Jacques Lacan de ma parole mi-dite,


Alice Miller m’a ensemencée de ma souffrance d’enfance, Marie-France Hirogoyen d’un procès difficile et courageux dont j’attends le verdict d’un jour à l’autre,  Alice Ferney de l’amour quand il se fait passion, Jane Austen du romantisme, Katherine Mansfield de ma brume et de mon ciel, Esther Mujawayo et Souâd Belhadad du Rwanda qui pleure, Charlotte Delbo de la Shoah,  Chalah Chafiq de mes positions sur le voile,  Assia Djebar de l’Algérie.


Malcom Lowry m’a ensemencée de mon indicible quand il pourrait se faire alcool et poésie, Jacques Fijalkow  de mon courage et de mon espoir dans de possibles humains, Boris Cyrulnyk de ma résilience, Jacques Prévert de la poésie quand elle se fait humour, Andrée Chédid de la poésie quand elle se fait feu, Victor Hugo de la poésie quand elle se fait misère, Henri Michaux de la poésie quand elle se fait solitude, René Char de la poésie quand elle se fait magnificence, Jean-Paul Damaggio du quotidien d’une information obstinée et sans concession et de ma Femme en retard,  Martin Luther King de la non-violence,  Nelson Mandela d’un long chemin vers la paix, Italo Calvino de ma bibliothèque idéale,  Michel Del Castillo de ma mère dans La gloire de Dina, de mes larmes, Arthur Schnitzler de Freud quand il se fait littérature, Henri Sztulman de ma résistance et de mon humour,  Naguib  Mahfouz de l’Egypte encore et encore quand elle se fait épice, Maupassant de mes fantasmes les plus fous aux plus tendres, Stéfan Zweig de Vienne que j’aime tant, Martin Buber de ma mère, Primo Levi de l’horreur, Imre Kertez de l’horreur, Elie Wiesel de l’horreur, Jorge Semprun de l’horreur, Maurice Rajfus de l’horreur, Joseph Balot de l’horreur ; Hélène Berr de l’horreur, Etty Hillessum de l’horreur, bon j’arrête sinon je meurs.


Direction soleil.


Valère Novarina m’a ensemencée de mes mots quand il font éclat de rire au coeur de ma solitude et de mon néant, Le Clézio m’a ensemencée du Mexique, Michel Tournier de Robinson Crusoë, Colette de la nature, Herbert Lottman de Colette, Maria Rilke de la poésie quand elle se fait carnets intimes, Henry Bauchau, d’Oedipe et d’Antigone, Boris Vian de la poésie quand elle se fait nénuphar, Anne Delbee m’a ensemencée de Camille Claudel et de Rodin, Mes livres d’art, de tous les splendides, Arlette Boulomié, Raymond Jean, Maurice de Gandillac, Michel Tournier encore m’ont ensemencée d’une merveilleuse semaine de ma vie à Cerisy ; Nous avons planché tous ensemble sur « Le génie du lecteur » et nous avons été géniaux ; La Normandie était si belle !


Amadou Hampâté Bâ m’a ensemencée de l’Afrique, Rohinton Mistry de l’Inde, François Cheng et Gao Xingjiian de la Chine,  Patrick Chamoiseau des Antilles, Tchékhov de la Russie, Amos Oz d’Israël,  René Grousset de Boudha,   Cécile Aurejac, de la Palestine Les frères Bashevis Singer du yiddish et de ma meilleure amie Béatrice, du deuil,


Les anciens m’ont ensemencée de ma sagesse,


Louis Aragon m’a ensemencée de la poésie quand elle se fait idéal,  Pablo Neruda, de la poésie quand elle se fait Chili, Jacques London du grand Nord, Hemingway de la grande guerre, Braudel de l’histoire et  de la géographie, de la Méditerranée,  Duby, de l’histoire encore Raymond Devos de mes mots et de mon rire, Brassaï de Paris,   Suzan Bracaglia Tobey de L’art d’être mère, mes petits livres sur le thé, de l’art de faire du thé. Picasso de ma Colombe,


Maria Montessori  m’a ensemencée de l’éducation pour la paix, Frédérique Roussel de la femme politique que je suis, Carl Larsson de l’art du bonheur, Bocuse de l’art d’être gourmande,  Sélection Reader Digest de l’art des fleurs, Martine Yana et Claudine Farhi de l’art de ma cuisine juive, Jean et Brigitte Massin  m’ont ensemencée de l’art d’écouter Mozart.


Tous les autres encore que je tais mais qui sont miens. Tous de leur talents, de leurs mots, de leur âme m’ont ensemencée de vie sans déni de la mort.


Par eux,  j’existe avec mes valeurs, avec mes soleils.

Par eux,  je suis une fleur de printemps

Par eux, je suis une fleur du temps


Par eux, je suis une femme émerveillée

Par eux, je suis un coquelicot  du monde

Par eux, je vis dans le temps de l’Ambre


Par eux, je vis à marée haute

Par eux, je vis entre vague et écume

Par eux je me découvre chaque jour


Par eux je suis une fleur du passée

Par eux je suis une fleur jamais fanée

Par eux, entre passé et présent, je suis avenir


Dans la lumière des autres, dans la lumière de tous


A ces écrivains, compagnons d’une identité acquise, je dois beaucoup. Dans l’espace blanc des lignes, dans le sillage des jours, dans le sillon de leur silence, j’ai lu leurs mots, j’ai réinventé les miens, dans le temps de mes lectures, j’ai tracé les lettres de mon verbe exister.


Ma dette de femme est donc infinie auprès des écrivains, écrivaines qui habitent mon Alhambra. A tous mon coeur dit : MERCI !!!


A demain,

Marie-José Colet


Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche