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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 18:10

Cadeau !


Chercher dans la sagesse du jour.


Ce matin, j’ai rencontré Margit.


Comme moi, elle cherche du côté de la lecture. Elle est formatrice auprès de public français langues étrangères.


 Elle est la vague je suis l’écume ou le contraire.


Elle, ce qui la passionne c’est l’objet livre. Le livre avec sa couverture, sa quatrième de couverture, son titre, son éditeur, son identité en quelque sorte, le livre qui se voit de près ou de loin, le livre qui a des images et des marges, le livre qui a un texte à pressentir, à deviner, un sens à retrouver, le livre qui va bien au-delà du texte, le livre comme objet du dire, (la lecture) comme objet du faire (l’écriture), le livre offre une multitude de signes, mais aussi des blancs et des interlignes, le livre source de savoir, de plaisir, le livre source de désir, le livre est à construire.


Elle s’interroge sur l’efficacité de certains livres comme support « efficace » auprès des publics en difficulté d’être ou en difficulté avec la langue française, elle s’interroge sur les sémiotiques plastique et poétique du livre qui confèrent au livre un processus d’auto-détermination..


Elle s’interroge : quels sont les écrits qui convient à son public ?

 

Je lui réponds : les écrits qui leur conviennent sont ceux qui lui conviennent à elle. Le départ du chemin, de la randonnée c’est la formatrice, la force de son désir. Les livres sont  aussi  du désir inconscient à travailler, à révéler.


Avec les albums, elle fouille, feuillette, archéologue,  elle les aide à cheminer dans leur quotidien, dans leur présent, dans leur famille, dans leurs souvenirs. La formatrice est une archéologue, j’aime cette image si chère à Freud. Ceux qui travaillent avec les autres sont des archéologues du désir, du plaisir mais aussi du manque, de la souffrance, de la douleur. On cherche les arcanes du sens des mots, des images, des couleurs, des dessins, des titres, on cherche, on vit une aventure cognitive collective et soudain, au détour du chemin, entre deux écueils dépassés on intègre le sens dans le collectif de tous, certes,  mais dans son histoire à soi également.


Pour pouvoir lire, il faut avoir un écrit devant soi dit  Margit, un écrit sur un support d’argile ou de cédérom. Ce support dans la lenteur du désir, dans la fougue du plaisir, dans la progression cognitive on se l’approprie ; cette appropriation c’est la lecture dans son rapport à l’autre énonciateur de langage. Un livre c’est de l’autre et du langage, c’est de l’autre qui pense, qui dessine, qui parle. Un livre c’est un objet à saisir dans tous les sens du terme : à attraper et à comprendre et puis aussi de nos jours à saisir en ordinateur. C’est aussi un objet qui nous saisit et nous surprend ; le livre c’est une surprise de la vie.  Donner à tous le droit d’être surpris parce que la surprise c’est l’enfance. Le livre c’est toujours de l’enfance. Le lecteur est toujours la plus petite poupée russe dont je parlais il y a quelques jours. Le lecteur c’est le bébé qui a grandit qui s’est niché dans des poupées plus grandes mais qui est toujours là. Des beaux livres pour des bébés écrit magnifiquement Marie Bonnafé. Des beaux livres pour les bébés qui ont grandit ai-je envie d’ajouter ; les formatrices ou formateurs ont un public de bébés en difficultés. Ne pas perdre cela de vue. Ma page Erès est une récréation des bébés. La recréation aussi. Lire c’est se saisir d’un texte dans l’intuition que l’on a du texte. Cette intuition c’est de la création en devenir, l’intuition  c’est de la graine de création.. Lire c’est créer.


Avec Margit, nous nous sommes interrogées, comme ça, dans le temps d’un thé chaud et d’un croissant, dans le temps de la vie quotidienne et d’une complicité de chercheuses de terrain :


Pourquoi le livre est-il objet privilégié de création. ? Pourquoi le livre peut-il occuper une fonction privilégiée de doudou pour l’adulte ?


Et nous avons  répondu cela : parce que le livre s’inscrit dans la contrainte du sens et dans une loi symbolique ; c’est la contrainte et la loi qui génèrent de la création, c’est le nécessaire de l’acte de lire qui nous fait créer, recréer, partager enfin.


Pourquoi le livre aide-t-il à vivre la saga de la séparation ?


Parce que lorsque je  crée je renonce à l’intuition première du sens, à mon approche directe et non symbolisée : je cherche les liens à l’intérieur du texte, je recrée l’objet livre si bien étudié par Margit et ce processus dans le fil des opérations créatives réussies fait de nous des êtres humains inscrits dans la chaîne symbolique de tous. Et maintenant, parce que j’existe dans cette chaîne, parce que j’existe reconnue par le groupe et par la formatrice (ou le formateur) je peux apprendre à lire. Je peux apprendre à lire aussi parce que je sais que le livre a un sens  dont j’ai eu l’intuition puis dont j’ai retrouvé l’enchaînement, seul(e) ou avec le groupe. Le livre maintenant, je peux le lire,  je peux en  parler   avec d’autres ; D’un livre, le mien, je peux  découvrir deux livres, trois .... ceux des autres. C’est ça apprendre à lire, trouver du sens puis avec ce sens jouer des différences possibles pour enfin retrouver le texte de l’auteur. Ou le contraire : partir du sens de l’auteur et retrouver mon sens. Lire c’est être en toujours en mouvement dans l’immobilité apparente du corps. On pourrait imaginer des ateliers d’expression corporelle à partir de la lectures de textes. Ce serait proche du théâtre.


 Nos livres se démultiplient dans la connaissance que nous avons du monde et nous nous situons dans la culture. La culture c’est un kaléidoscope réussi, c’est un jeu de mikado aux multiples batônnets à saisir dans une différentielle de couleurs. L’atelier de lectures est un jeu de mikado. Chacun son tour on lit, on tire son livre avec l’écoute attentive de tous


Pourquoi l’objet livre peut-il devenir transitionnel ?.


Parce qu’il est  une création du lecteur, une caresse du sens selon l’expression de Ouaknin dans l’Eloge de la caresse, une main ouverte dans un mouvement  qui l’effleure. Le livre ainsi représenté évoque de la douceur ; on l’effleure à peine, on le cherche jusqu’à l’éclosion du sens. Ce travail de recherche, de caresse, de douceur m’apprend petit à petit l’autonomie par la distanciation possible au texte et m’insère lentement dans le l’humanité constituée de lecteurs. Savoir lire c’est changer de poupée russe, passer de la plus petite poupée à une plus grande sans renoncer à la plus petite. Ainsi on passera du livre en tissu si doux, à l’album si coloré, au roman si captivant, au livre de chercheur si passionnant. Ma quête. Autant de livres, autant de poupées russes au corps arrondis, si enveloppants. Le livre est une enveloppe pour notre âme, pour le bébé que nous fûmes, une lettre à retrouver de notre inconscient, des lettres à acquérir  de notre système cognitif. Une lettre à poster à avec l’adresse d’un autre lecteur. La recevra-t-il ?


Je l’espère sinon il y aura retour à l’expéditeur et c’est toujours un peu triste une lettre qui vous revient. C’est un mot perdu, une caresse échouée, du sens manqué, abandonné sur la plage du temps, c’est une page volant au vent incertain de la marée basse, sans mouvement des navires. Lire, c’est faire flotter les navires à marée haute, entre l’écume et la vague,  entre la vague et l’écume. Ma pensée fait boucle.


Je reviens à nos recherches communes à Margit et moi : chercher ce qui fait d’un livre un objet , d’un livre un objet de sens , d’un livre un objet support de cognitif et de relationnel, chercher ce qui fait d’un livre un objet transitionnel, chercher ce qui fait du livre objet transitionnel un temps de culture, chercher ce qui fait de la culture un temps d’humanitude.


Je cherche, tu cherches, il ou elle cherche, nous cherchons, vous cherchez, ils ou elles cherchent.


Je travaille, tu travailles, il ou elle travaille, nous travaillons, vous travaillez, ils ou elles travaillent.


Je trouve, tu trouves, il ou elle trouve, nous trouvons, vous trouvez, ils ou elles trouvent.


A demain,



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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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