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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 16:25

Cadeau !


30.Les poupées russes 2009


Je continue mon propos d’hier et je reprends là où je me suis arrêtée c’est à dire au passionnant petit essai de Winnicott SUM (Conversations ordinaires. NRF Gallimard page 61-71).


Le Sum c’est le « je suis », « j’existe » corrélé par Winnicott avec le Sums, l’arithmétique, le calcul.


L’objet de l’article est comment rendre possible l’apprentissage du Sums  en posant comme existant le Sum ?


Dans cet essai, Winnicott s’adresse à des professeurs de mathématiques. En dix pages nous parcourons le chemin du bébé de la naissance à l’âge d’apprendre les mathématiques et finalement nous nous apercevons à la lecture de cet article que tout se passe comme le jeu des poupées russes : de la minuscule à la plus grande.


J’aime cette métaphore de poupées russes, métaphore qui est mienne et non de Winnicott, car elle donne bien l’idée de la permanence de l’être. On a toujours en soi, le noyau de l’enfant que l’on a été, la petite poupée minuscule nous habite toujours jusqu’à la mort.


La minuscule c’est le bébé à la naissance, celui qui n’est pas encore UN puisqu’il n’est pas encore séparé de sa mère, celle-ci deviendra son premier DEUX  tandis que son père deviendra son premier TROIS. Winnicott ne le dit pas ainsi c’est moi qui m’exprime de la sorte.


Winnicott s’exprime en terme de dépendance et d’indépendance à l’environnement. L’enfant, la petite poupée minuscule est tout d’abord dans une totale dépendance à la mère, il ne fait qu’un avec sa maman. Ce « Un avec » ne signifie pas encore son UN puisque son existence dépend de sa maman. Ce n’est que progressivement, dans une succession de poupées croissantes que son être au monde  dans son indépendance à l’environnement acquière son statut de Sum.et ce dans le mouvement d’une maman suffisamment bonne qui lui rendra fiable son environnement .


Devenir UN pour l’enfant, se sentir exister n’est pas simple. Il a renoncé à sa toute puissance sur le monde, il a renoncé à son illusion première d’être le sein, d’être le  monde extérieur et alors il peut craindre maintenant que ce monde l’attaque. Avec la mise en place du « Je suis «  advient le premier risque de danger. Changer de taille pour une poupée russe ne se fait pas sans risques, sans peur. Mais la fiabilité de l’environnement, la tendresse de la mère, la présence du père, le doudou si doux tout cela aide à changer de taille, puis vient le temps de l’école et alors là , la poupée russe grandit encore.


Ce que dit Winnicott à ses professeurs de mathématiques, écoutons le bien car c’est essentiel.

Il leur dit combien ils ont à faire à ce concept d’unité de l’enfant, à cette notion de fiabilité de l’environnement, il leur dit de bien repérer à quel moment ils n’enseignent plus des mathématiques parce qu’ils sont dans une relation avec l’enfant, relation  que Winnicott qualifie de psychothérapie c’est à dire qu’ils doivent repérer quelle taille a la poupée russe, comment est perçu l’environnement par l’enfant et quel est l’indépendance ou non  de l’enfant à son environnement. C’est à ce prix que les mathématiques ne seront plus objet de clivage pour l’enfant. Winnicott parle d’intellect clivé lorsque le corps et l’âme, lorsque le psychosomatique est un ailleurs de la production intellectuelle ne suivent pas la matière enseignée, l’intellect. Certes les parents sont fiers de leur rejeton mais l’enfant grandit en morceaux et soudain à l’adolescence, c’est la rupture que personne ne comprend : ni l’adolescent, ni les parents. On ne doit pas essayer d’emboîter une grosse poupée dans une petite poupée mais bien le contraire.


J’écris tout cela parce que me semble-t-il si Winnicott s’adresse  dans cet essai précis à des professeurs de mathématiques, ce qui rend aisé, il faut le reconnaître le glissement sémantique Sum, Sums, il aurait pu de même s’adresser à des professeurs de français avec le glissement sémantique L’Être, Lettres. Pour apprendre ses lettres, il faut vivre son être dans un rapport à un environnement fiable qui permet le changement de taille de la poupée russe. Et nous le savons, notre public en situation d’illettrisme souffre toujours de la fiabilité de l’environnement ( difficultés familiales, exil, deuils, séparations) et ce n’est donc pas en les gavant de lettres et de livres qu’on obtiendra des résultats, on ne fera que faire exploser la petite poupée et aggraver les choses. Il faut prendre soin de la taille de la poupée et à cette condition là on  parlera de livres ou d’alphabet.


Toute mon enfance, j’ai eu dans mon environnement ces poupées russes, je les ai tant aimées que j’en ai mises sur une étagère de ma bibliothèque, de mon Alhambra. Peut-être symbolisent-elles mon être au monde de lectrice.  Petites poupées, moyennes poupées, grandes poupées vous abritez mon être de lettres et comme un doudou vous m’accompagnez dans mon parcours de vie, dans mon parcours de recherches si passionnées sur la lecture et surtout sur ceux qui lisent et ne lisent pas pour cause de poupées russes perdues.


 Ne pas savoir lire  a un lien, certes,  avec une perte de lettres mais aussi, j’en suis certaine, avec une perte de l’être.


A demain,





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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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