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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 15:50

NAÎTRE OU DEVENIR HANDICAPE
LE HANDICAP EN VISAGES 1
Erès 1996, 2005
205 pages. 21 euros

J’aimerais tant vivre dans un monde où les personnes handicapées ne seraient plus dans la nuit et dans l’angoisse, dans la dépendance et dans la solitude, dans le chagrin et l’immobilité d’une difficile relation avec les autres.

J’aimerais tant vivre dans un monde qui ne passerait plus indifférent, ignorant à ce qui fait la valeur de tous : une lutte au quotidien pour être reconnu et respecter.

J’aimerais tant vivre dans un monde où nous apprendrions tous sur les différents visages des souffrances humaines qui nous sommes.

J’aimerais tant vivre dans un monde où la domination ne serait plus. La domination de ceux qui se croient les plus forts sur ceux qui se savent ne pas être les plus faibles tant leur combat quotidien révèle leur humanité. Souvent, parfois. Ne pas simplifier. Ni le bon, ni le meilleur. Parfois trop méprisés, trop cassés, certains épuisés de souffrance peuvent détruire eux-mêmes ou les autres. Reconnaître la moyenne païenne pour tous..

J’aimerais tant vivre dans un monde dans lequel l’enfer de la discrimination n’existerait plus. Nous serions tous égaux dans une parole construite qui reconstruirait après le néant, les gouffres, les hiatus, les brisures, les schismes, les malentendus, les nuits, les silences sans patiences, les tempêtes, les cyclones, les immobilités roulantes, les ignorances, les indifférences, dans une parole qui reconnaîtrait les différences sans les nier, une parole qui inventerait une humanité qui part en vrille dans la multitude des souffrances qui ravagent les continents, tous les continents géographiques, physiques, psychiques.

J’aimerais tant vivre dans le monde de Jacques DEJANDILE. Dans lequel un animateur en fauteuil roulant présenterait une émission qui parlerait de tout sauf du handicap !

J’aimerais tant vivre dans un monde où chacun aurait plein de savoirs que tous partageraient dans une mutualisation heureuse, généreuse. Que chacun soit, muet, sourd, aveugle, érudit, paralytique, bavard à tuer son prochain, bègue, silencieux, sombre, clair, coloré, colérique, doux, hurlant, glissant, dérapant, cinglé, posé, raisonnable, imaginatif, créatif, il offrirait aux autres son don que chacun alors recueillerait humblement, étonné, admiratif, enthousiaste, reconnaissant. Ce serait beau ! Ce serait le temps des énumérations vivantes gagnées sur la souffrance et sur le silence de la différence. Ce serait si passionnant la terre !

J’aimerais tant vivre dans un monde où aider son prochain serait un désir, un bénéfice, une chance. Ce serait un partage des âges et des âmes ; ce serait un tendre regard sur les corps différents et souffrants, un regard sans peur qui dirait la possible peur de l’étrange étrangeté vaincue.

J’aimerais tant vivre dans un monde où aider l’autre ce serait se retrouver plus riche du combat de l’autre pour exister. Ce serait se retrouver fier d’exister grâce à son existence différente.

J’aimerais tant vivre dans un monde où la solidarité ne serait pas des décrets boiteux, des lois parfois glacées, des discours parfois sans âmes (vous savez des discours électoraux). Mais la solidarité serait celle d’un monde qui regarderait en face les difficultés, elle s’affirmerait au risque du quotidien, au risque de la maladresse qui blesse, du cauchemar qui remue, du rire qui réchauffe, de la voix qui émeut, du ciel partagé de l’attention porté à l’autre, humain comme moi, indestructible, comme moi jusqu’au jour où la mort imprévisible nous surprendra , lui comme moi.

J’aimerais tant vivre dans un monde où tous nous partagerions égaux la même planète. A corps perdu, à regards troués, avec mon sourire qui affronte le pire, comme Delphine, je suis femme dans cet éternel voyage initiatique qui nous pose dans notre difficulté d’exister femme si différente des hommes, avec tant de droits à conquérir pour inventer la féminitude.Inventer, cette féminitude, ensemble hommes et femmes dans la mutualisation de nos différences. Parce que la féminitude est au coeur de l’humanitude.

J’aimerais tant vivre dans un monde où parleraient sans effet néfaste des lieux communs qui pulvérisent par leur absurde force la bonté inhérente à chacun.

J’aimerais tant vivre un monde où l’humanité serait belle de ses imperfections, visibles ou non mais toujours secrètes nous nous rendons tous fragiles et vulnérables dans le fil difficile des jours à vivre avec les autres. Nos souffrances nous mettent en exil de nous-même, en exil de notre entourage, en exil des humains . Aucun d’entre nous n’est intact ni de lui-même ni des autres et malgré cela il continue son chemin d’humain. Voilà ce qui fait la dignité d’être. Laissons cette dignité fleurir, ne la laissons pas mourir par peur, par inquiétude, par angoisse de la différence

J’aimerais tant vivre dans un monde qui ne serait pas idyllique mais dont de possibles idylles naîtraient ; qui de la différence reconnue et acceptée ferait de chacun une terre de voyage, une terre à explorer, une terre à révéler sous le soleil de l’humain.

Je sais que vivre dans un tel monde est possible parce que j’ai lu ce très beau livre de Charles Gardou si intelligent dans son engagement. Ce très beau livre nous dit comment il est urgent de sans cesse parfaire l’humanitude ensemble, tous ensemble et surtout avec les personnes en situation d’handicap qui ont tant à nous apprendre.

Donnons du sens à nos paroles et à nos actes comme l’écrivait avec ses mots Hannah ARENDT ; ce livre nous aide à cheminer sur notre route, comme le faisait, son bâton à la main, Oedipe.

 


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Published by Marie-José Colet - dans Force et vulnérabilité
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