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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 14:48

Cadeau !


13 . Le livre d’Albert Einstein et de Sigmund Freud

Pourquoi la guerre ?
Rivages Poches/Petites bibliothèque
2005

J’ai une amie qui aime à me dire que la Bible est le livre des livres, est qu’à elle seule, la bible est toute une bibliothèque.

Je reprends l’assertion de mon amie et je dis que ce petit livre de 65 pages de Freud et D’Einstein est à lui seul une bibliothèque de livres pour la paix. Ce livre ouvre sous nos regards attentifs des chemins de connaissance : le droit, la politique, l’histoire, la philosophie, la mythologie. Nous pensons tour à tour à Marx, à Jean-pierre Vernant, à Hannah Arendt, aux auteurs qui nous ont conté l’histoire de Rome ou de la Grèce, nous pensons aux guerres de religions ou au conquistadors. Et soudain s’ouvre sous nos pieds le gouffre de la seconde guerre mondiale.

Un livre qui a une histoire, celle de la rencontre de deux hommes de génie en Europe, dans une période violente : les années 30. Deux hommes, deux chercheurs, deux hommes juifs. Pas de la même façon : un, (Einstein) plus sioniste que l’autre (Freud). Freud est fier de l’Université de Jérusalem, fier des kibboutz mais il pense que La Palestine ne pourra jamais être un état juif, que le monde Chrétien et Musulman ne laisseront jamais faire. Il aurait mieux fallu pensait Freud que la patrie juive s’installe ailleurs ; mes pensées vont vers Hannah Harendt qui décrit si bien dans les Origines du totalitarisme les divers possibles du sionisme.

Un livre, une correspondance poignante d’intelligence. Une correspondance dans le cadre de la Société des Nations dont Einstein à souhaité démissionné à plusieurs reprises pour plusieurs raisons, la principale étant qu’en tant que juif il ne pouvait représenter l’Allemagne. Une correspondance dans le cadre de l’Histoire. 27 février 1933 : incendie du Rechstag, une correspondance qui deviendra un cadeau de Freud à Mussolini, une correspondance qui deviendra dans l’histoire des hommes un lieu d’interrogations sur la guerre, sur la paix.

Plus, je relis ce livre plus j’ai envie de le relire, il est d’une telle richesse, d’une telle intelligence, d’une telle simplicité ! Mais il est aussi un livre complexe, parce que l’humanité est complexe ; à chaque fois que vient le temps de le fermer et de reprendre mon chemin, je reste un long moment pensive comme si ce livre à lui seul pouvait m’aider dans mon interrogation immobile et désespérée de toujours : pour quoi la guerre ?

Pourquoi la guerre ? Pourquoi la violence ? Pourquoi le droit ? Pourquoi la force ? Pourquoi les communautés ? Pourquoi des intérêts pour les pays ? Pourquoi l’histoire ? Pourquoi la Paix si difficile, partout et de tous temps? Me voici l’enfant égrainant devant mes parents perplexes mes Pourquoi ? Et point par point, Einstein puis Freud déclinent ces pourquoi et moi, à chaque fois le sens m’échappe mais j’y reviens fascinée mon crayon en main. Je trouve ce livre terriblement dur à lire dans son apparente simplicité peut-être parce que tout simplement il me renvoie à ma propre violence, à ma propre pulsion de mort moi la pacifique, moi la vivante. Il y a là quelque chose que je ne peux nouer dans l’intelligence du livre. Qu’est que j’oublie là chaque fois dans ma nouvelle lecture de « Pourquoi la guerre ? » Qu’est que j’échoue à vous transmettre de ce livre que j’aime tant ? Je ne sais pas. J’échoue à le transmettre mais comme j’aimerai le partager, comme j’aimerai ne pas être désespérée en lisant la conclusion de Freud ayant trait à la force de la culture pour canaliser la pulsion de mort, comme j’aimerai ne pas être désespérée et être convaincue par l’assertion de Freud que la culture travaille pour la Paix ! Mais je ne sais pas. L’Allemagne, l’Autriche n’étaient-elles pas des nations cultivées ? Combien de fois me suis-je heurtée à cette question là, les larmes au yeux ? Alors à ma façon de femme, à ma façon de lectrice, à ma façon d’animatrice d’ateliers de lectures, une fois de plus je réponds que: l’essentiel n’est pas la culture, (trop souvent la culture d’une élite social) mais la culture parlée par tous, humbles et grands, la culture sans l’exclusion des mots et des affects qu’elle emporte, la culture à l’écoute de la tendresse de celui qui la porte, de ceux qui l’inventent. Les ateliers de lectures ne sont pas des lieux de culture mais des espaces temps pour des personnes de toutes origines sociales parlant ensemble les mots des livres.

Pourquoi la guerre ? Parce que les hommes inscrits dans la relativité du temps et de l’espace ne savent ni lire ni parler pour cause d’inconscient.

A demain,

Marie-José Colet

26 février 2009

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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